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[Vol. 4.]
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LIVRE XXIX.

Nov. 1807 . Parda, épuisées par la fatigue et la faim, laissant surja routeune partie de leur monde. 11 fallait, pour vivre, aller coucherà la Moraleja, sur le revers des montagnes. Une tempêteaffreuse survint. En un instant tous les torrents furent débor-dés, et, au milieu du mugissement des vents, du bruit deseaux, nos soldats inexpérimentés, n’ayant presque pas mangédepuis plusieurs jours, n’espérant pas de gîtes meilleurs pourles jours suivants, furent saisis de l’une de ces démoralisa-tions subites, qui surprennent, abattent les âmes jeunes, peuhabituées aux traverses de la vie guerrière. La nuit étant ve-nue , et les tambours détendus par la pluie ne donnant plusde sons, une sorte de confusion s’introduisit dans cette marche.Les soldats ne distinguant plus les lieux, ayant de la peine às’apercevoir les uns les autres, et cherchant à communiquerentre eux par des cris, firent retentir ces montagnes de hur-lements sauvages. Les officiers n’étaient plus ni reconnus niécoutés; l’indiscipline s’était jointe au désespoir, et la scèneétait devenue affreuse. Cependant, une première colonne étantarrivée vers onze heures du soir à la Moraleja, et ayant trouvéun détachement déjà rendu au gîte, fit connaître dans quelétat elle avait laissé le reste de l’armée. Alors on fit sortir leshommes les moins fatigués pour aller au secours de leurs ca-marades, On alluma de grands feux, on plaça un fanal ausommet du clocher, on sonna le tocsin pour attirer sur cepoint les hommes égarés. Par surcroît de malheur, il n’avaitpas été fait plus de préparatifs à la Moraleja qu’ailleurs. Lesvivres manquaient absolument. Lés soldats, dans le délire dela faim, ne respectant plus rien, se livrèrent au pillage, etravagèrent ce malheureux bourg, qui fut ainsi victime de l’in-exactitude du gouvernement espagnol à remplir ses promesses.Il n’y avait pas au moment de l’arrivée un quart des hommesautour du drapeau. Peu à peu, dans la nuit, tout ce qui n’avaitpas succombé à la fatigue, tout ce qui n’avait pas été noyédans les torrents, ou assassiné par les pâtres de l’Estrama-