ARANJUEZ.
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provinces étaient, à cause du voisinage, celles qui aimaientle moins les Français. Elles n’eussent pas plus contracté,même avec le temps, l’amour de la France, que les Milanaisn’ont contracté l’amour de l’Autriche. Les Pyrénées leur au-raient toujours rappelé qu’elles étaient espagnoles et non pointfrançaises, et, loin de nous donner un soldat ou un écu, ellesnous auraient coûté beaucoup d’hommes et d’argent pour lesgarder. La prétendue domination qu’elles nous auraient assuréesur l’Espagne était, sous Napoléon du moins, bien illusoire.Partir de Pampelune ou de Saragosse, au lieu de Bayonne,pour marcher sur Madrid, ne constituait pas une assez grandedifférence pour qu’on pût croire que l’Espagne passait ainsià notre égard d’un état d’indépendance à un état de soumis-sion; et, au contraire, on aurait indigné les Espagnols parce démembrement de leur territoire ; on aurait tellement em-poisonné leur joie de voir Ferdinand marié à une princessefrançaise, le favori renversé, qu’on aurait fait naître l’ingra-titude dès le premier jour. Lisbonne même n’aurait eu aucuncharme à leurs yeux s’il avait fallu le payer de Saragosse etde Barcelone. Quant à l’ouverture des colonies espagnoles auxFrançais, c’était là un avantage sérieux, assez sérieux pourêtre désiré, mais facile à obtenir sans exciter de ressentiment,s’il eût été le seul prix exigé pour le Portugal, le mariage, etle renversement du favori. Ce second projet n’avait donc pasmême le mérite de nous attacher l’Espagne un seul jour; et ilnous exposait, pour quelques cessions territoriales impossi-bles à conserver, à l’éternelle haine des Espagnols.
Le troisième projet, celui vers lequel Napoléon paraissaitentraîné d’une manière irrésistible, consistait à détrôner lesBourbons, à rapprocher définitivement par l’établissementd’une même dynastie la France et l’Espagne, à régénérer celle-ci pour la rendre utile, soit à elle-même, soit à la cause com-mune, à ne lui rien ôter, à lui tout donner au contraire, Por-tugal, renversement du favori, réformes intérieures; à renou-
Janv. 1808 .
Troisième parti,consistantà de'trônerles Bourbonsen conservantà l’Espagnetous ses avan-tages, sans luidemander unseul sacrifice.