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LIVRE XXIX.
j»nv. 18 C 8 . la nation espagnole aurait appris peu à peu à reconnaître lesbienfaits que la France lui apportait. Mais, tenté avec de moin-dres ressources,, le projet dont Napoléon nourrissait la penséepouvait être le commencement d’une série de désastres.
Il y avait encore une autre condition nécessaire au succèsde cette entreprise, c’était de conserver dans toute son inti-mité la nouvelle alliance que Napoléon venait de conclure àTilsit; car si on était forcé de recommencer ou la campagned’Austerlitz, ou celle de Friedland, pendant qu’on serait oc-cupé en Espagne, c’était, outre la difficulté de vaincre à cesdeux extrémités du monde européen, s’imposer non-seule-ment une double tâche, mais rendre la seconde cent fois plusdifficile, les Espagnols devant recevoir un extrême encoura-gement de toute guerre qui s’élèverait au Nord. Il fallait donc,quelque fâcheuse que fût la condescendance qu’on montreraitpour l’ambition d’Alexandre, en prendre son parti, et préve-nir l’inconvénient de la dispersion des forces françaises enachetant à tout prix le concours du grand empire du Nord,payer, en un mot, de la Moldavie et de la Valachie la pos-sibilité de détrôner impunément les Bourbons d’Espagne.
Enfin, eût-on réuni toutes ces conditions, il restait un dan-ger grave, grave pour l’Espagne et pour la France, la pertepossible, probable même, des riches colonies espagnoles. Cescolonies, en effet, étaient déjà sourdement travaillées parl’esprit de révolte. L’exemple des États-Unis avait fort déve-loppé chez elles le penchant de l’indépendance, et la honteuseincurie de la métropole, qui les laissait sans défense, les ydisposait encore davantage. 11 était donc à craindre qu’une dy-nastie nouvelle et imposée à la nation ne leur fournît le pré-texte qu’elles cherchaient pour s’insurger, et que la protectionanglaise ne leur en fournît en outre le moyen. Dans ce cas,trop facile à prévoir, l’Espagne, en attendant qu’elle se fûtouvert d’autres sources de prospérité, allait être ruinée, et laFrance n’aurait fait qu’enrichir le commerce anglais de tous