330
LIVRE XXIX.
janv. 1808 . fîcile de sortir qu’à aucun autre, à cause du détroit et de Gi-braltar. C’est à l’immensité des mers qu’on doit la facilité des’éviter; mais, dans le resserrement d’un détroit, et à portéed’un poste comme Gibraltar, il était presque impossible detromper l’ennemi, et de lui échapper. La mer entre la côted’Espagne et celle d’Afrique était couverte de petits bâtimentsmontant la garde pour la flotte anglaise, qui se tenait au largeafin de donner à l’amiral Rosily la tentation de sortir. Mais,aussitôt que celui-ci appareillait, on voyait reparaître toutentière l’armée navale de l’ennemi. La division Rosily étaitparfaitement armée, grâce aux ressources du port de Cadix,abondantes pour le gouvernement français qui payait bien,nulles pour le gouvernement espagnol qui ne payait pas. Elleétait de plus composée d’équipages excellents, qui avaient na-vigué et soutenu la plus grande bataille navale du siècle, cellede Trafalgar. L’amiral Rosily, vieux marin, expérimenté autantque brave, n’aurait pas été embarrassé de combattre une di-vision anglaise, même supérieure en forces à la sienne; ce-pendant, avec six vaisseaux et deux ou trois frégates, il nepouvait braver douze ou quinze vaisseaux et une multitudede frégates, sans s’exposer à un nouveau désastre. Aussi,quoiqu’il eût l’ordre de sortir depuis septembre 1807, il n’yavait pas encore réussi en février 1808.
Le contre-amiral Allemand, l’officier de mer le plus hardi. , So t. ti< r. que la France eût alors, surtout comme navigateur, se trou-vait aussi fort étroitement bloqué à Rochefort, et le revers es-suyé par les frégates du capitaine Soleil en offrait la preuve.Mais une fois hors des pertuis par une sortie audacieuse, l’Océans’ouvrait devant lui, et avec des équipages excellents, de bonsvaisseaux, et sa hardiesse en mer, il avait bien des chancespour échapper aux Anglais. Plusieurs fois il appareilla, et plu-sieurs fois il vit l’ennemi accourir en tel nombre qu’échapperétait impossible. Un jour cependant, le 17 janvier 1808, fa-vorisé par un gros temps, il mit à la voile, sortit sans être
de Rochefort,et son heu-reuse arrive'eà Toulon.