4R ANJÜEZ.
341
lâcheté même des familles abâtardies qui régnaient sur le midide l’Europe. Elle devenait d’ailleurs de jour en jour plus pro-bable, puisqu’à chaque nouvel accès de terreur que ressen-tait la cour d’Espagne, le bruit d’une retraite en Amérique,écho des agitations intérieures du palais, circulait dans lacapitale. 11 suffisait, pour pousser cette terreur au comble,de faire avancer définitivement les troupes françaises versMadrid, en continuant de garder sur leur destination un silencemenaçant. En conséquence Napoléon disposa toutes chosespour amener la catastrophe en mars; car, s’il fallait agir enEspagne, le printemps était la saison la plus favorable pourintroduire nos jeunes soldats dans cette contrée aride et brû-lante, qui, au physique comme au moral, est le commence-ment de l’Afrique. On était à la moitié de février; Napoléonavait un mois jusqu’à la moitié de mars pour faire ses der-niers préparatifs. Il les commença donc immédiatement aprèsavoir reçu la lettre interrogative du roi Charles IV (datée du5 février), dans laquelle ce malheureux prince le suppliaitd’expliquer ses intentions à l’égard de l’Espagne.
Mais avant de provoquer à Madrid le dénoûment qu’il dési-rait, il lui fallait prendre un parti sur une question non moinsgrave que celle d’Espagne, sur la question d’Orient; car dansle moment l’une se trouvait liée à l’autre. Si quelque choseen effet pouvait ajouter à l’imprudence de se charger de nou-velles entreprises, quand on en avait déjà de si considérablessur les bras, c’était de s’engager dans l’affaire d’Espagne avecla Russie mécontente. Quelque habituée que fût l’Europe auxspectacles nouveaux, quelque préparée qu’elle fût à la finprochaine des Bourbons d’Espagne, il y avait loin encore dela prévoyance à la réalité, et le renversement de l’un des plusvieux trônes de l’univers devait causer une émotion profonde,faire passer de la tête de l’Angleterre sur celle de la France laréprobation excitée par le crime de Copenhague. Bien que laPrusse fût écrasée, l’Autriche alternativement irritée ou trem-
Fév. 1008.
Napoléon!fixe au moisde marsl'exécutionde
ses projets.