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LIVRE XXIX.
Fev. isu8. n’être que grand-duo, impatient de devenir roi n’importe où,ayant pris part aux guerres d’Italie, d’Autriche, de Prusse, dePologne, et contribué à élever des trônes à Naples, à Flo-rence, à Milan, à La Haye, à Cassel, à Varsovie, sans gagnerl’un de ces trônes pour lui, inconsolable surtout de n’avoirpas obtenu celui de Pologne, et avide de toute guerre qui luioffrirait de nouvelles chances de régner. La Péninsule, où va-quait en ce moment le trône de Portugal, où chancelait celuid’Espagne, était pour lui le pays des rêves, comme autrefoisle Mexique ou le Pérou pour les aventuriers espagnols. Toutbon et généreux qu’était Murat, s’il fallait hâter la chute dumalheureux Charles IV par quelque moyen détourné et peuavouable, il était, dans son ardeur de régner, homme à s’yprêter. Il n’y avait môme à craindre de sa part que trop dezèle. Cependant, plus intelligent, plus spirituel qu’on ne l’ajugé en général (les circonstances qui vont suivre en fournirontla preuve), il était capable, dans un grand intérêt d’ambition,d’étre même discret et réservé. Il avait à toutes fins, comme ona vu plus haut, noué des relations particulières avec EmmanuelGodoy, relations recherchées par celui-ci avec un égal em-pressement, l’un croyant que l’autre l’aiderait à atteindre l’ob-jet de ses désirs, et s’abusant tous deux, car Godoy n’étaitpas plus en état de donner un roi aux Espagnols que Muratune pensée à Napoléon. C’était donc convier Murat à une fêteque de l’envoyer en Espagne. Mais Napoléon voulant effrayerla maison régnante par l’envoi de troupes nombreuses, com-biné avec un silence absolu sur ses intentions, se servit deson beau-frère conformément au plan qu’il avait adopté. Il l’a-vait eu à ses côtés soit en Italie, soit à Paris, sans lui dire unseul mot de ses projets sur l’Espagne, dans le moment mêmeoù il y pensait le plus. Le 20 février, l’ayant vu dans la jour-née, sans lui adresser une parole relative à la mission qu’illui destinait, il chargea le ministre de la guerre de le fairepartir dans la nuit pour Bayonne, afin d’y prendre le corn-