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LIVRE XXIX.
.Mars 1808. l'Espagne qu’ils traversent deux fois par an, du nord au midi,du midi au nord, comme des oiseaux voyageurs. A ce nouvelaspect de la nature physique, se joint en entrant dans lesCastilles un autre aspect de la nature morale. L’habitant beau,dans les campagnes surtout, beau mais moins vif et moinsalerte que le montagnard basque, grand, bien fait, gravetoujours armé d’un fusil ou d’un poignard, prompt à s’en ser-vir contre un compatriote, plus volontiers contre un étranger,présente, avec exagération, tous les traits, bons ou mauvais,du caractère espagnol. 11 est à la fois plus ignorant, plus sau-vage, plus cruel, plus brave, que la bourgeoisie. Celle-ci,dans son instruction imparfaite, semblable à des Turcs à demicivilisés, a perdu avec sa férocité une partie de son énergie.Le peuple en Espagne, qui par ses vices et ses vertus a sauvél’indépendance nationale, offre un trait particulier qui le dis-tingue des autres peuples de l’Europe. On trouve chez lui avecdes passions ardentes une sorte d’esprit public, qu’il doit àsa manière de vivre, à son agglomération dans de gros villa-ges , où il demeure pendant tout le temps qu’il ne consacrepas à la terre, à laquelle il en donne peu, se bornant à unsimple labour, puis aux semailles et à la moisson, pour nerien faire après. Tandis que le paysan français, belge, anglais,lombard, dispersé sur le sol, occupé de cultures diverses etcontinuelles, n’est excité ni par le rapprochement, ni par leloisir, à se mêler d’autre chose que de son travail, on voit lepaysan espagnol, revêtu d’un manteau, appuyé sur un bâton,réuni à ses pareils sur la place publique du village, parler duroi, de la reine, des affaires du temps, avec une étonnantecuriosité, ou se livrer à des jeux, à des danses, à des chants,courir à des combats de taureaux, plaisir sanguinaire dontaucune classe de la nation ne saurait se priver, regarder àpeine l’étranger qui passe, ou bien le regarder avec une fiertéméprisante qui à la moindre prévenance se change tout ë coupen un aimable abandon. L’Espagnol, à cette époque, était plus