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LIVRE XXIX.

Mar* 1808.

Les troupesespagnolesqu’on uvaitd’aborddirigées versle Portugal,rappelées

peu des avantages qu’une telle résolution pourrait avoir plustard pour la conservation des colonies, ils se disaient que siles Français avaient de si mauvaises intentions, on était oubien inepte de ne pas les avoir entrevues, ou bien criminelde les avoir favorisées; qu’il fallait en tout cas leur résister àoutrance; que tous les Espagnols, ayant le roi et les princesà leur tête, devaient couvrir la capitale de leurs corps, et sefaire tuer plutôt que d’en permettre l’entrée, mais que fuirlâchement était une indignité, une trahison; que du reste il yavait dans cette fuite autre chose qu’une précaution de pru-dence dans l’intérêt de la famille royale, mais tout simplementun calcul pour prolonger le pouvoir usurpé du favori; car sion voulait fuir les Français, c’est qu’on les savait contraires àEmmanuel Godoy et favorables au prince des Asturies. Cettedernière pensée devenue générale avait rendu aux Françaisleur popularité, et on disait que, loin de les fuir ou de lescombattre, il fallait aller à eux au contraire, et les accueillir,puisque le prince de la Paix se défiait si fort de leurs inten-tions. L’exaspération de toutes les classes contre la cour étaitau comble. La noblesse, la bourgeoisie, le peuple et l’arméen’avaient à Madrid qu’un môme langage, et ce langage étaitaussi ouvert, aussi hardi, aussi immodéré, qu’il peut letre àla veille des grands événements, dans les pays les plus libres.Dans l’armée surtout, une troupe fort maltraitée par le princede la Paix, qui avait bouleversé son organisation, les gardesdu corps manifestaient l’irritation la plus vive, et voulaients’opposer même par la force au départ du roi. Parmi les offi-ciers de cette troupe il y en avait plusieurs tout à fait dévouésau prince des Asturies, et en communication fréquente avec lui,recevant môme, assurait-on, ses inspirations et ses ordres.

Cette bruyante opposition n’avait ébranlé dans leurs projetsni le prince de la Paix ni la reine, et leur inspirait seulementle désir de se soustraire plus tôt à tant de haine et de périls,en se retirant d’abord en Andalousie, puis, s’il le fallait, en