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LIVRE XXIX.
Mars 1608.
Le roiet la reinetroublésdonnent leurabdication.
Acte
d’abdication
de
Charles IV.
Redoublementde joie
à Aranjuez etb Madrid.
ture attelée de six mules fut aussitôt amenée devant la ca-serne des gardes du corps, afin de l’y placer, et de le fairesortir de ce dangereux séjour d’Aranjuez. Mais à peine cespréparatifs furent-ils aperçus, que la populace, devinant àquel usage ils étaient destinés, se précipita sur la voiture, labrisa, et se montra décidée à empêcher tout départ.
Ce nouvel incident acheva de troubler la tête de l’infortunéCharles IV et de sa femme. Ils crurent l’un et l’autre que c’étaitla révolution française qui recommençait en Espagne; qu’onen voulait, non-seulement au prince de la Paix, mais à eux-mémes; que déposer le sceptre entre les mains de Ferdinandserait peut-être un moyen de conjurer cet orage naissant, desauver leur vie et celle de leur malheureux ami. Us le direnth tous ceux qui les entouraient, à MM. de Caballero, de Ce-vallos, au duc de Castel-Franco, chef des troupes réunies dansla résidence royale, à diverses personnes de la cour enfin; etquand ils faisaient cette proposition, tous les assistants leurtémoignaient, par un silence triste et approbateur, que ce se-rait là certainement la solution la plus simple, la plus sûre, laplus applaudie, la plus capable de terminer dès sa naissanceune révolution aussi effrayante à ses débuts que celle qui avaitfait tomber la tête de Louis XVI. Après quelques instants deces vagues pourparlers, de cette consultation de gens éperdus,Charles IV dit qu’il voulait abdiquer; son ambitieuse femmelui répondit qu’il avait raison, et, sans qu’il se présentât unseul contradicteur, leurs ministres s’offrirent pour rédigerl’acte d’abdication.
Cet acte fut rédigé à l’instant même, et publié immédiate-ment au milieu d’une joie sans égale. Charles IV y déclaraitque, fatigué des soucis du trône, courbé sous le poids de l’âgeet des infirmités, il résignait à son fils Ferdinand la couronnequ’il avait portée vingt années.
La nouvelle de cette abdication causa dans Aranjuez unesorte d’ivresse. Le peuple vint en foule saluer le jeune roi