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[Vol. 4.]
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LIVRE XXX.

Mars 18C8,

Douleurde Muraten apprenantles aësordresde Madrid.

Messagesecretde Iîi reined’Etrurieà Murat.

Mural pouvait donc entrer en vingt-quatre heures dans Madrid,avec deux divisions du maréchal Moncey, une du général Du-pont, toute sa cavalerie et la garde, c’est-à-dire avec trentemille hommes. Or, il ne restait dans cette capitale que deuxrégiments suisses déconcertés, et un peuple sans armes. Mu-rat n’avait par conséquent aucune résistance à redouter.

Les désordres de la capitale l’avaient profondément affligé,et il craignait qu’en Europe on n’accusàt les Français d’avoirvoulu bouleverser l’Espagne, afin de s’en emparer plus faci-lement. Il ne savait pas non plus si cette solution imprévueétait bien celle que Napoléon désirait, et celle surtout qui pour-rait amener plus sûrement la vacance du trône d’Espagne.L’humanité, l’obéissance, l’ambition produisaient ainsi dansson âme un pénible conflit. Dans cet état, il écrivit à Napoléonpour lui faire part de ce qu’il venait d’apprendre, pour seplaindre de nouveau de n’avoir pas son secret, pour lui ex-primer la peine que lui causaient les événements de Madrid,et lui annoncer qu’il allait entrer immédiatement dans cettecapitale, afin de réprimer à tout prix les excès d’une populacebarbare. En même temps il ébranla ses colonnes, et marchaen avant pour porter à San-Àgostino les troupes du maréchalMoncey, et à l’Escurial celles du général Dupont.

Le lendemain 21, étant en personne à El-Molar, il reçut uncourrier déguisé qui lui portait une lettre de la reine d’Étrurie.Cette princesse, qu’il avait connue en Italie, et avec laquelleil était lié d’amitié, faisait appel à son cœur, au nom d’unefamille auguste et profondément malheureuse. Elle lui disaitque ses vieux parents étaient menacés du plus grand danger,et que pour s’en garantir ils avaient recours à sa généreuseprotection. Elle le suppliait de venir lui-même et secrètementà Aranjuez, pour être témoin de leur situation déplorable, etconvenir des moyens de les en tirer.

Celte jeune femme éperdue, peu versée dans la connaissancedes affaires, bien qu’elle eût plus d’esprit que son mari dé-