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LIVRE XXX.

Atrîl 1806.

Fausse ideeque

les conseillersde Ferdinandse faisaientdu différendexistant entrela France etl'Espagne.

son côté, avait fait un semblable rapport à l’Empereur, luioffrant, s’il le désirait, d’en finir à ces conditions avec la courd’Espagne.

Les conseillers de Ferdinand en recevant la dépêche deM. Yzquierdo, qui ne leur était pas destinée, se crurent, dansleur ignorance des hommes et des affaires, tout à fait initiésau secret de la politique de Napoléon. Ils supposaient de bonnefoi qu’entre les deux gouvernements de France et d’Espagne,il ne s’agissait pas d’autre chose que des questions mention-nées dans la dépêche de M. Yzquierdo, et que Napoléon nesongeait nullement à se saisir de la couronne d’Espagne. Voicicomment ils raisonnaient. D’abord, que Napoléon osât braverla puissance de l’Espagne jusqu’à vouloir s’emparer de la cou-ronne, en vrais Espagnols, ils ne pouvaient pas l’admettre.Qu’il en eût le désir, ils l’admettaient moins encore. N’avait-ilpas après Austerlitz, après Iéna, laissé les souverains d’Au-triche et de Prusse sur leur trône? Il n’avait jusqu’ici détrônéque les Bourbons de Naples, qui s’étaient attiré ce traitementsévère par une trahison impardonnable. Or la cour d’Espagnen’avait en rien mérité un pareil sort, puisqu’elle avait au con-traire prodigué toutes ses ressources au service de la France.Il ne s’agissait donc, suivant les conseillers de Ferdinand, quede savoir si on échangerait quelques provinces contre le Por-tugal, si on ouvrirait les colonies espagnoles aux Français, sion consentirait à une alliance qui existait déjà de droit et defait, et qui après tout était dans les vrais intérêts des deuxpays. Le seul point délicat, c’était le sacrifice des provincesde l’Ebre, sacrifice qu’on obtiendrait difficilement de la na-tion, et qui pourrait nuire beaucoup à la popularité du jeuneroi. Toutefois, sur ce point même, le langage de M. Yzquierdon’avait rien d’absolu. C’était pour ainsi dire en échange de laroute militaire vers le Portugal que le cabinet français parais-sait désirer les provinces de l’Èbre. Mais si on préférait sup-porter la servitude de cette route militaire, on serait dispensé