Band 
[Vol. 4.]
Seite
489
JPEG-Download
 

BAYONNE.

489

celle-ci avec une colère qui n’était pas jouée, se précipita sur Mai îæs.Ferdinand, l’accabla d’injures, lui reprocha d’étre un mauvaisfils, d’avoir voulu détrôner son père, d’avoir désiré le meurtrede sa mère, d’étre faux, perfide, lâche, sans entrailles... Enessuyant toutes ces apostrophes, Ferdinand VII, immobile,les yeux fixés à terre, avec une sorte d’insensibilité stupide,ne répondait rien, ne témoignait rien, et souffrait tout. Plu-sieurs fois sa mère l’interpellant, s’approchant de lui, le me-naçant de la main, lui dit: Te voilà bien, tel que tu as tou-jours été ! Lorsque ton père et moi voulions t’adresser quel-ques exhortations dans ton intérêt même, tu te taisais, en nerépondant à nos conseils que par le silence et la haine... Maisréponds donc à ton père, à ta mère, à notre ami, à notreprotecteur, le grand Napoléon. — Et le prince, toujours in-sensible, se taisait, affirmant seulement qu’il n’était pour riendans les désordres du 2 mai. Napoléon, embarrassé, presqueconfus d’une scène pareille, quoiqu’elle amenât la solution dé-sirée, dit à Ferdinand d’un ton froid, mais impérieux, que si,le soir même, il n’avait pas résigné la couronne à son père,on le traiterait en fils rebelle, auteur ou complice d’une cons-piration qui, dans les journées des 17, 18 et 19 mars, avaitabouti à priver de la couronne le souverain légitime. Il se re-tira ensuite pour attendre à Marac le prince de la Paix, afinde conclure avec lui un arrangement définitif, sous l’impres-sion des événements de Madrid.

— Quelle mère! quel fils! s’écria-t-il en rentrant à Marac,et en s’adressant à ceux qui l’entouraient. Le prince de la Paixest certainement très-médiocre; eh bien! il était pourtant en-core le personnage le moins incapable de cette cour dégé-nérée. Il leur avait proposé la seule idée raisonnable, idée quiaurait pu amener de grands résultats si elle avait été exécu-tée avec courage et résolution : c’était d’aller fonder un empireespagnol en Amérique, d’aller y sauver et la dynastie et laplus belle partie du patrimoine de Charles-Quint. Mais ils ne