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[Vol. 4.]
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LIVRE XXX.

Mai 1808.

Napoléondonne à sonfrère Josephla couronned’Espagne,et à son beau-frère Muratla couronnede Naples.

Il craignait que l’exécution de cet ordre, irritant Napoléon,ne mit en péril sa propre personne, sa dotation et la terre deNavarre. Il envoya un nouveau messager pour recommanderà la junte une extrême prudence, et lui prescrire de ne faireaucun acte qui pût indisposer les Français. Il ne s’en tint pasmême à cette précaution. A peine était-il sur la route de Va-lençay qu’il écrivit à Napoléon pour lui demander l’une de sesnièces en mariage, et, n’oubliant pas son précepteur Escoï-quiz, il réclama pour lui la confirmation de deux grâces roya-les qu’il lui avait accordées en succédant à son père, et quiconsistaient, l’une dans le grand cordon de Charles III, l’autredans la qualité de conseiller d’État. On voit que les victimesde l’ambition de Napoléon se chargeaient elles-mêmes de dé-truire chez lui tout remords, et chez le public tout intérêt.

Napoléon, maître de la couronne d’Espagne, se hâta de ladonner. Cette couronne, la plus grande, après la couronne deFrance, de toutes celles dont il avait eu à disposer, lui parutdevoir appartenir à son frère Joseph, actuellement roi assezpaisible et assez considéré du royaume de Naples. Napoléonétait conduit dans ce choix par l’affection d’abord, car il pré-férait Joseph à ses autres frères ; puis par un certain respectde la hiérarchie, parce que Joseph était l’alné d’entre eux, etenfin par confiance, car il en avait plus en lui que dans tousles autres. Il croyait Jérôme dévoué, mais trop jeune; Louishonnête, mais tellement aigri par la maladie, les querellesdomestiques, l’orgueil, qu’il le regardait comme capable desdéterminations les plus fâcheuses. Quant à Joseph, tout en luireprochant beaucoup de vanité et de mollesse, il le jugeaitsensé, doux et très-attaché à sa personne, et il ne voulaitconfier qu’à lui l’important royaume placé si près de France.Ce choix ne fut pas la moindre des fautes commises dans cettefatale affaire d’Espagne. Joseph ne pouvait pas être avantdeux mois rendu à Madrid, et ces deux mois allaient déciderde la soumission ou de l’insurrection de l’Espagne. Il était