522
LIVRE XXX.
Juillet 1808. membres de la junte. Napoléon le conduisit jusqu’à la fron-Adieux tière de France, l’embrassa, et lui souhaita bon courage, sans
de Napoléon à • °
Joseph. ] u j dire tout ce qu’il entrevoyait déjà dans sa profonde intelli-gence. Le faible cœur de Joseph n’eût pas tenu à de pareillesrévélations, bien que le génie de Napoléon, à demi éclairé surl’avenir, ne vît pas encore la moitié des maux qui allaient dé-couler de la grande faute commise à Bayonne.
Tels furent les moyens par lesquels Napoléon, obéissant àune idée systématique bien plus encore qu’aux affections defamille, car il avait de quoi pourvoir tous ses proches sansusurper la couronne d’Espagne, parvint à détrôner les der-niers Bourbons régnant en Europe. Comme il ne pouvait, àcause de leur faiblesse, y employer la force, car il eût été ri-dicule de déclarer la guerre à Charles IV, il voulut y employerla ruse, et les faire fuir en leur faisant peur. L’indignation del’Espagne ayant arrêté dans leur fuite ces malheureux Bour-bons, il profila de leurs divisions de famille pour les attirer àBayonne, par l’espérance d’une justice qu’il leur rendit commele juge de la fable qui donnait l’écaille de l’huître aux plaideurs.Il fut entraîné ainsi de la ruse à la fourberie, et ajouta à sonnom la seconde des deux taches qui ternissent sa gloire. Illui restait pour l’absoudre le bien à faire à l’Espagne, et parl’Espagne à la France. La Providence ne lui réservait pas mêmece moyen de se laver d’une perfidie indigne de son caractère.
Mais ne devançons pas la justice des temps. Les récits quivont suivre montreront bientôt cette justice redoutable, sor-tant des événements eux-mêmes, et punissant le génie, quin’est pas plus dispensé que la médiocrité elle-même deloyauté et de bon sens.
FIN DU LIVRE TRENTIÈME
ET DU TOME HUITIÈME.