NOTE DU LIVRE XXIX.
(voir page 377.)
J’étonnerais beaucoup et le public et tes historiens contemporains, quiprennent en général très-vite leur parti sur les questions douteuses, sije disais par quelles perplexités j’ai passé avant de me fixer sur les vraisprojets de Napoléon à l’égard de l’Espagne. Comme il a lini par l’en-vahir et par la donner à son frère Joseph, on en a conclu qu’il a toujoursvbnlu ce qu’il a exécuté en définitive, de même qu’il y a des gens quicroient dé bonne foi que, parce qu’il s’est fait Empereur, ii y songeaità l’armée d’Italie. N’avons-nous pas vu en effet des collecteurs de sou-venirs chercher les premières traces de ses projets à l’école de Brienne?Moreau a fini par trahir la France en 1813; cela est certain. On ne secontente pas de faire remonter ses mauvaises dispositions civiques à laconspiration de Georges, à sa brouille avec le Premier Consul ; on lesfait remonter à la conspiration dePichegru, et, l’esprit d’investigationaidant, jusqu'à l'école de Rennes, où il avait conçu, apparemment enétudiant le droit, le projet de livrer les armées françaises aux Autri-chiens. Il n’y a pas de plus ridicule manière déjuger les hommes. Onse trompe ainsi et sur les individus eux-mêmes, et sur la marche del’esprit humain, qui est lente et successive, et beaucoup plus souventdéterminée par les événements qu’elle n’a l’honneur de les détermi-ner. — Napoléon en 1808 a détrôné les Bourbons d’Espagne : quandl’a-t-il voulu? par quels moyens? Voilà des questions historiques de laplus grande difficulté , même lorsqu’on a eu tous les documents histo-riques sous les yeux. Je suis le seul historien qui les ait possédés tous,grâce aux communications que ma situation politique m’avait values,et j’ai été long-temps dans de grands doutes, qui n’ont cessé que parsuite de découvertes, fruit de beaucoup de recherches, d’application etdé bonheur. Je tiens à les raconter, pour l’édification du public et deshommes qui se forif un devoir des recherches consciencieuses.
D’abord un mot sur les documents eux-mêmes. De tous les écrivainsqui ont traité ces époques, pas un seul n’a possédé les vrais documentshistoriques. Tous ont composé des livres avec d’autres livres. Celafrappé à la simple lecture pour quelqu’un qui connaît les faits. AI. deToreno lui-même, dont l’ouvrage sur la révolution d’Espagne est remar-quable par un véritable talent, et ce qui vaut mieux encore, par un grandsens politique, n’a pas connu les documents. U a composé son ouvrage