DU LIVRE XXIX.
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et être rassurant tout juste autant qu’il le fallait pour éviter d’en veniraux mains. Mais en comparant bien les divers passages entre eux, enconsultant l’ensemble de ses dispositions, je suis enfin revenu à l’idéeque s’il voulait éviter une collision avec la population, il voulait cepen-dant faire partir la cour.
En effet tout lui annonçait le projet de départ. On le lui mandait tousles jours de Madrid. M. Yzquierdo, s’entretenant avec M. de Talleyrand,avait avoué le projet. Dans cet état de choses, instruit comme il l’était,Napoléon savait qu’il suffisait de laisser faire pour que la fuite eût lieu.Il y a plus : il aurait suffi d’un seul acte de sa volonté pour l’empêcher,car les troupes françaises étaient arrivées le 19 sur le Guadarrama. Unsimple mouvement de cavalerie sur Aranjuez pouvait en quelques heu-res envelopper la cour et l’arrêter. Il y aurait eu quelque chose de plusfacile encore, c’eût été en prenant la direction la moins alarmante, cellede Talavera, qui pouvait passer pour un renfort à Junot, d’entourerAranjuez et d’empêcher toute fuite. Mais il y a un passage de la cor-respondance plus décisif que tout le reste, et qui laisse peu de doutes àce sujet. Le voici. Murat, ne sachant pas comment se comporter, à lanouvelle partout répandue que la cour allait fuir, adresse à Napoléoncette question : Si la cour veut partir pour Séville, dois-je la laisserpartir? —Napoléon répond le 23 mars :
« Je suppose que vous êtes arrivé aujourd’hui ou que vous arriverez» demain à Madrid. Vous tiendrez là une bonne discipline. Si la cour» est à Aranjuez, vous l’y laisserez tranquille, et vous lui montrerez de» bons sentiments d’amitié. Si elle s'est retirée à Séville, vous l’y laisserez» également tranquille. Vous enverez des aides-de-camp au prince de la«Paix pour lui dire qu’il a mal fait d’éviter les troupes françaises, qu’il» ne doit faire aucun mouvement hostile, que le roi d’Espagne n’a rien» à craindre de nos troupes. »
Maintenant, si on songe que Napoléon fit partir M. Yzquierdo de Pa-ris (une lettre de Duroc contient en effet l’invitation de partir tout desuite), qu’il le fit partir rempli d’épouvante, et qu’en portant 89 millehommes sur Madrid il ne voulut jamais donner une seule explication,il est évident que tout fut calculé pour amener le départ, qui eut lieueffectivement, autant du moins qu’il dépendit de la cour d'Espagne.
On pourrait dire, il est vrai, que Napoléon voulait les envelopper,s’emparer d’eux, et proclamer ensuite la déchéance. D’abord il auraitpu les envelopper et ne le fit pas ; secondement c’eût été un acte deviolence ouverte et injustifiable. La fuite en Andalousie était bien mieuxson fait, puisqu’elle laissait le trône vacant, et fournissait la solutioncherchée.
Arrivé à ce point, j’aurais été convaincu que le projet de Napoléonétait de forcer la cour d’Espagne à s’enfuir, sans une objection grave,et tellement grave qu’elle m’a fait hésiter plusieurs fois, et abandonnerl’opinien que j’avais conçue. Cette objection est celle-ci : Le départ des
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