DU LIVRE XXIX.
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» vous serviront en cas de besoin au mouillage. Ayez bien soin de ne» laisser paraître aucune inquiétude, mais tenez-vous en garde contre«tout événement, et cela sans affectation, et seulement comme mesure» résultant des ordres que vous avez de partir. Placez le vaisseau espa-» gnol au milieu et sous le canon des Français.
» Si la cour d’Espagne, par des événements ou une folie qu’on ne peut» guère prévoir, voulait renouveler la scène de Lisbonne, opposez-vous à» son départ. Laissez courir l’état actuel des choses autant qu’il sera» possible ; mais s’il y avait une crise , ne permettez aucun parlemen-» tage avec les Anglais, et jusque-là paraissez bien n’avoir aucune es-» pèce de méfiance; mais avisez dans le silence à la sûreté de l’escadre» et à ce qu’exige de votre sagacité et dignité personnelle le service de» Sa Majesté. » (21 février 1808.)
J’ai naturellement éprouvé une vive satisfaction de voir la vérité dé-couverte, et en même temps un vrai chagrin de trouver une vérité aussifâcheuse, qui du reste était la conséquence du projet de détrôner lesBourbons.
Dès ce moment le projet de Napoléon est devenu évident pour moi.D'abord il faut remarquer la date du 21, époque des ordres contenantle plan tout entier : départ de Murat, instructions à ce lieutenant, com-position de toute l’armée, départ de M. Yzquierdo, départ de M. deTournon... ordres à Junot... — On remarquera secondement la combi-naison de cet ordre avec celui de Murat, de laisser partir la cour si ellevoulait partir. L’un ne contredit pas l’autre, mais tous deux se combi-nent ensemble. Napoléon voulait le départ de Madrid, pour que le trônefût vacant ; mais non le départ de Cadix, pour que les colonies ne fus-sent point insurgées.
On voit par quel travail sur les documents les plus authentiques ilm’a fallu arriver à la vérité ; et j’ose dire que la postérité n’en saurapas davantage, car Napoléon n’a rien dit à ce sujet; Murat n’a laisséque sa correspondance ; le général Savary a laissé des Mémoires inexacts(contredits par sa propre correspondance); M. de Laforêt m’a écrit àmoi-même qu'il n’avait rien su ; le prince Cambacérès dit dans ses Mé-moires qu’il n’a rien su ; les comtes de Tournon et Lobau n’ont laisséque leur correspondance, que j’ai eue; M. Yzquierdo n’a laissé quequelques lettres que j’ai lues au dépôt du Louvre. Je conclus donc qu’onn’en saura pas plus dans l’avenir, et que la vérité est la suivante :
Napoléon ne songea à l’invasion de l’Espagne comme à un projet ar-rêté qu’après Tilsit, et point avant.
Après Tilsit, avant Copenhague, il ne songea qu’à fermer les portsdu Portugal à la Grande-Bretagne.
Après Copenhague, la guerre se prolongeant à outrance, il voulutprofiter de la prolongation de la guerre pour tout finir au midi del’Europe.
Il désira d’abord partager le Portugal avec l’Espagne; et les événe-