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LIVRE XXXI.
Mai 1808. la plus vive. La foule se transporta chez le capitaine-général.Un jeune homme se fit son orateur, discuta avec le généralSolano, réussit à troubler ce brave militaire, habitué à com-mander, non à raisonner avec de tels interlocuteurs, et luiarracha la promesse que le lendemain la volonté populaireserait pleinement satisfaite. La multitude, contente pour lajournée, voulut cependant se donner le plaisir de ravager,et courut à la maison du consul de France Leroy, qu’elle sac-cagea. Cet infortuné représentant de la France, naguère siredouté, n’eut d’autre ressource que de se réfugier à bordde l’escadre de l’amiral Rosily, qui depuis trois années atten-dait vainement dans les eaux de Cadix une occasion favorablepour sortir.
Le lendemain, la populace avait conçut un nouveau désir :elle voulait sans retard commencer la guerre contre la France,en accablant de tous les feux de la rade l’escadre de l’amiralRosily. La multitude se repaissait avec transport de l’idée dece triomphe, triomphe facile et bien insensé contre une ma-rine alliée, au profit de la marine anglaise. Toutefois il y avaitquelque difficulté à détruire des vaisseaux montés et com-mandés par de braves gens, héros malheureux de Trafalgar,qui dans cette journée terrible se faisaient tuer à leur poste,tandis que les marins espagnols fuyaient pour la plupart lechamp de bataille. De plus, ils étaient tellement mêlés avecles bâtiments espagnols, que ceux-ci pouvaient être brûlésles premiers. C’est ce que disaient les hommes raisonnablesde l’armée et de la marine. Ils ajoutaient qu’on avait dans leNord la division du marquis de La Romana, laquelle pourraitbien expier les barbaries qu’on commettrait à l’égard desmarins français. Cependant, la raison, l’humanité avaient ence moment bien peu de chances de se faire écouter.
La réunion des généraux, convoquée de nouveau le lende-main par le marquis del Socorro, avait adhéré en tout auvœu du peuple, et plusieurs de ses membres avaient dans