ER FU RT.
217
et le premier de tous, Talma, pour y représenter Cinna,Andromaque, Mahomet, Œdipe. 11 donna l’exclusion à la co-médie, bien qu’il fit des œuvres immortelles de Molière le casqu’elles méritent; mais, disait-il, on ne les comprend pas enAllemagne. 11 faut montrer aux Allemands la beauté, la gran-deur de notre scène tragique; ils sont plus capables de lessaisir que de pénétrer la profondeur de Molière. — Il recom-manda enfin de déployer un luxe prodigieux, voulant que laFrance imposât par sa civilisation autant que par ses armes.
Ces ordres expédiés, il employa le temps qui lui restait àfaire ses préparatifs militaires dans une double supposition,celle où il n’aurait sur les bras que l’Espagne aidée par lesAnglais, et celle où, indépendamment de l’Espagne et del’Angleterre, il lui faudrait battre encore une fois et immé-diatement l’Autriche. La situation ne s’était pas améliorée enEspagne depuis la retraite de l’armée française sur l’Èbre.Joseph avait entre la Catalogne, l’Aragon, la Castille, les pro-vinces basques, y compris quelques renforts récemmentarrivés, plus de cent mille hommes, en partie de jeunes sol-dats déjà aguerris, en partie de vieux soldats venus successive-ment, régiment par régiment, de l’Elbe sur le Rhin, du Rhin surles Pyrénées. C’était plus qu’il n’aurait fallu dans la main d’ungénéral vigoureux, pour accabler les insurgés, s’avançantisolément de tous les points de l’Espagne, de la Galice, de Ma-drid , de Saragosse. Mais on ne faisait que s’agiter, se plaindre,demander de nouvelles ressources, sans savoir se servir decelles qu’on avait. Napoléon avait essayé de raffermir, parl’énergie de son langage, le cœur ébranlé de Joseph. — Soyezdonc digne de votre frère, lui avait-il dit; sachez avoir l’atti-tude convenable à votre position. Que me font quelques in-surgés, dont je viendrai à bout avec mes dragons, et qui ap-paremment ne vaincront pas des armées dont ni l’Autriche,ni la Russie, ni la Prusse n’ont pu venir à bout? Je trouveraien Espagne les colonnes d'Hercule ; je n'y trouverai pas les
Août 1803.'
Situationdes affairesd’Espagnependantque Napoléons’occupeà. Varis demettre ordreaux affairesgénéralesde l'Empire.
Conseilsde Napoléon àson frère.