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LIVRE XXXII.
Août 1808.
Napoléonprescrit à seslieutenantsen Espagnede ne pointfatiguer
Asturies, de la Galice, prétendait à s’introduire en Biscaye,sur notre droite; un détachement du général Castanos avaitle dessein d’arriver à l’Ebre sur notre front, et les Aragonais,Valenciens et autres, projetaint de pénétrer en Navarre pourtourner notre gauche. Leur espérance était de déborder nosailes, de nous envelopper, de nous couper la route de France,et d’avoir ainsi une nouvelle journée de Baylen : chimère in-sensée, car on n’aurait pu renouveler contre soixante milleFrançais, fort résolus malgré la timidité de quelques-uns deleurs chefs, ce qu’on avait pu faire, une fois, contre huit milleFrançais démoralisés. A ce plan ridicule, imité du hasard deBaylen, Joseph voulait opposer l’imitation, tout aussi ridicule,des grandes manières d’opérer de son frère, en se jetant enmasse, et alternativement, sur chacun des corps insurgés, afinde les écraser les uns après les autres. L’intention pouvaitêtre bonne, mais la précision, l’à-propos dans l’exécution, sonttout à la guerre, et l’imitation n’y réussit pas plus qu’ailleurs.Aussi, tandis que les insurgés de Blake faisaient des démons-trations sur Bilbao, et ceux de l’Aragon sur Tudela, Josephy envoyait ses corps en toute hâte, y courait quelquefois lui-même à perte d’haleine, arrivait quand il n’était plus temps,ou bien s’arrêtait sans pousser à bout ses tentatives, ramenaitensuite à Vitloria ses soldats exténués, écrivait alors à l’Em-pereur qu’il avait suivi ses conseils, et qu’il espérait bientôt,avec un peu d’expérience, devenir digne de lui : triste spec-tacle souvent donné au monde par des frères médiocres vou-lant copier des frères supérieurs, et ne réussissant à les égalerque dans leurs défauts ou leurs vices!
Napoléon ne pouvait s’empêcher de sourire de ces misèresde la vanité fraternelle, mais bientôt l’irritation l’emportait surla disposition à rire, quand il réfléchissait au temps, aux forcesque l’on consumait ainsi en pure perte. 11 songea donc à en-voyer à ceux qui l’imitaient si mal l’un de ses lieutenants lesplus vigoureux, le maréchalNey, pour les remonter en énergie;