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Alexandre pouvait donc accéder aux nouvelles vues de Na-poléon, et y trouver encore d’amples satisfactions. Le mer-veilleux n’y était plus, il est vrai, et, avec une imaginationcomme celle de ce jeune souverain, le merveilleux était fortà regretter. Le résultat le plus positif, sans un peu de mer-veilleux, allait manquer de charme pour lui, et l’alliance fran-çaise courait risque de devenir l’une de ces vives amitiés surlesquelles il était si prompt à se refroidir. Toutefois il y avaitquelque chose qui auprès du jeune empereur était capable desuppléer au prestige de tous les plans de partage : c’était laréalisation instantanée de ses désirs. Ces désirs avaient la vi-vacité des appétits de la jeunesse, qui veulent être satisfaitssur-le-champ. Son vieux ministre, M de Romanzoff, arrivé àl’autre extrémité de la vie, avait toute l’ardeur juvénile desdésirs de son maître. Il désirait aussi, il désirait tout de suite,sans un jour de délai dans l’accomplissement de ses vœux,comme s’il avait craint à son âge de ne pas avoir le temps dejouir de sa gloire, gloire en effet bien belle pour un anciendisciple de Catherine, que de procurer à l’empire russe lesbouches du Danube. Le charme donc que Napoléon devaitsubstituer à celui du merveilleux, c’était le charme de lapromptitude. Il fallait donner, donner sur-le-champ, pour quele don eût son véritable prix.
Ce nouveau système d’arrangement admis, Alexandre etM. de Romanzoff se jetèrent avec une passion inouïe sur l’idéed’acquérir la Moldavie et la Valachie, et voulurent emporterd’Erfurt, non pas une promesse vaine, mais une réalité, qu’onpût annoncer publiquement en rentrant à Saint-Pétersbourg
Jusqu’ici Napoléon avait toléré l’occupation momentanée
1 II existe aux archives de la secrétaireric d’Etat des lettres de M. deOhampagny fort curieuses, lesquelles, racontant à Napoléon les entretiensde M. de Cbampagny lui-méinc avec M. de Romanzoff, donnent la plus sin-gulière idée de l'impatience du ministre russe. On en lira plus bas diversPesages qui peignent cette impatience dans toute sa vérité.
Sept. 1808.
A la passionchimériquede partagerl’empire turc,se trouvesubstituéechez
Alexandre etM. de Koman-zoff lu passionde possédersur-le-champla Moldavieet la Valachie,