RATISBONNE.
3
quent par les motifs mêmes de son brusque retour. 11 étaitparti de Valladolid, laissant à ses généraux malheureusementdivisés, et faiblement rapprochés par le timide commande-ment de Joseph, le soin d’achever la- conquête de l’Espagne ;il était parti, parce que de toutes parts lui était arrivée lanouvelle que l’Autriche poursuivait avec plus de vivacité quejamais ses armements tant de fois ralentis, tant de fois reprisdepuis deux ans; parce qu’on lui faisait parvenir de Vienne,de Munich, de Dresde, de Milan, le détail précis de ces arme-ments, de manière à ne laisser aucun doute sur l’imminencedu danger; parce que de Constantinople on lui racontait lesefforts inouïs de l’Autriche pour brouiller les Turcs avec laFrance, et pour les réconcilier avec l’Angleterre; parce quede Paris enfin on lui mandait qu’une agitation inconnue semanifestait dans les esprits, qu’on intriguait timidement maisvisiblement à la cour, qu’on parlait hardiment à la ville, etque partout en un mot on était inquiet, mécontent, aussi malpensant que mal disant. Un mouvement d’irritation s’étaittout à coup produit dans son âme ardente, et il n’avait pus’empêcher de revenir immédiatement en France. Ceux qui,tant au dehors qu’au dedans, avaient provoqué son retour,devaient s’en ressentir, et ils en étaient agités à l’avance. Ladiplomatie européenne s’attendait à un éclat. La cour effrayéecraignait quelque rigueur.
Napoléon, en effet, de retour à Paris, allait trouver laFrance comme il ne l’avait pas encore vue. Bien que depuisdix ans de règne il eût pu discerner, à travers l’admirationqu’il lui inspirait, des défiances, des improbations même, il nel’avait jamais connue telle que la lui peignaient en ce momentquelques serviteurs fidèles, telle enfin qu’il allait l’apercevoirlui-même. Ce changement était dù tout entier à la guerre d’Es-pagne , qui commençait à produire ses funestes conséquences.
D’abord on avait blâmé l’entreprise elle - même, qui sem-blait devoir ajouter de nouveaux poids au lourd fardeau dont
1 «
Janv. 1609.
État
des espritsen Franceau commence-mentde 1009.
Jugementdu publicsur Ut guerred’Espagneet les consé-quencesqu’elle peutavoir.