4
LIVRE XXXIV.
janv. 1809 . l’Empire était déjà chargé. On avait blâmé la forme, quin’était qu’une perfidie envers de malheureux princes hébétéset impuissants. Mais on avait compté sur le génie de Napo-léon, toujours heureux, pour vaincre ces nouvelles difficul-tés ; on avait été ébloui et fier des hommages dont il avait étéentouré à Erfurt, et on avait flotté ainsi entre la crainte, l’es-pérance, et l’orgueil satisfait. Cependant cette campagnemême, où il n’avait eu qu’à paraître pour dissiper les levéesen masse des Espagnols, avait inspiré de tristes réflexions.On l’avait vu obligé de transporter ses vaillantes armées duNord, où elles étaient toujours nécessaires, au Midi, où aucundanger sérieux ne menaçait la France; de les disperser surun sol dévorant, où elles s’épuisaient à détruire des rassem-blements qui ne tenaient nulle part, mais qui revivaient sanscesse en guérillas quand ils ne pouvaient plus combattre encorps d’armée; de faire rembarquer les Anglais, qui se reti-raient en se défendant énergiquement, pour reparaître bien-tôt sur d’autres points du littoral, aussi mobiles avec leursvaisseaux que les Espagnols avec leurs jambes. De toutesparts on se disait qu’il y avait là un gouffre, où viendraients’enfouir beaucoup d’argent, beaucoup d’hommes, pour unrésultat fort incertain, désirable sans doute si on se reportaitau siècle de Louis XIV, infiniment moins important à uneépoque où la France dominait le continent, résultat d’ailleursqu’on aurait bien pu ajourner en présence de tant d’autresentreprises à terminer, et qui devait rendre plus difficile cettepaix générale, déjà si difficile et si justement désirée. Maisce qui mettait le comble à la désapprobation publique, c’étaitla conviction très-répandue que P Autriche, profitant du départdes armées françaises pour la Péninsule, allait saisir cetteoccasion de recommencer la guerre avec plus de chances desuccès. A cette certitude s’ajoutad la crainte de voir d’autrespuissances se joindre à elle, et la coalition redevenir générale.Dans une faute on voyait ainsi mille fautes, s’enchaînant les