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LIVRE XXXIV.
Avril i*. 09 , accoutumée que la principale armée autrichienne venait donnercontre le Danube, dans l’espérance de passer entre les Fran-çais réunis à Augsbourg et les Français réunis à Ratisbonne.Quelques instants lui ayant suffi pour démêler cette vérité, ilprit sa détermination avec une incroyable promptitude.
Deux plans s’offraient en ce moment à lui. S’il avait putout savoir très-exactement, ce qui n’arrive jamais à la guerre,s’il avait pu deviner par exemple que l’archiduc allait se portersur Ratisbonne avec plusieurs corps mal liés entre eux, iln’aurait eu qu’à le laisser marcher sur Ratisbonne, où lemaréchal Davçut avec 50 mille soldats l’aurait arrêté pendanttout le temps nécessaire, et puis avec la masse des forcesréunies autour d’Augsbourg, avec Oudinot, Molitor, Roudet,les Bavarois, les Wurtembergeois, c’est-à-dire avec 90 millecombattants, se jeter sur les derrières du généralissime au-trichien, le mettre entre deux feux, et prendre son arméejusqu’au dernier homme. Toutefois c’eût été braver bien deschances, car Napoléon aurait laissé à l’archiduc l’avantage dela position concentrique, ce qui était contraire aux vrais prin-cipes de la guerre, qu’il avait plus qu’aucun capitaine pro-fessés, illustrés par d’immortels exemples. L’archiduc, eneffet, placé entre les deux masses de l’armée française, auraitpu les battre l’une après l’autre, et leur faire essuyer à toutesdeux ce que Napoléon fit essuyer tant de fois à tant d’ennemisdivers. D’ailleurs, pour un tel plan, il aurait fallu en savoirplus que n’en savait Napoléon sur la situation des choses, surl’état moral et matériel des deux armées autrichienne et fran-çaise, sur ce qu’on pouvait craindre de l’une, attendre del’autre, enfin sur la marche de l’ennemi, car plus on veutêtre hardi, plus il faut connaître à qui et à quoi on a affaire.Aussi après avoir pensé un moment à ce plan l , préféra-t-il
1 Ce fait ressort d'une conversation avec le duc de Rovigo, qui la rap-porte sans en pouvoir juger la portée, ne sachant ni les événements qui sepassaient, ni les ordres que Napoléon avait donnés.