WAGRAM.
167
En Bavière, une vieille antipathie de voisinage à l’égard de Avri| 1809l’Autriche avait beaucoup atténué ces sentiments. Mais enSouabe, dans les provinces anciennement autrichiennes, enFranconie, dans les petits Etats arrachés à la douce autoritédes princes ecclésiastiques, en Saxe même, où l’adjonctiond’une couronne polonaise ne flattait que la famille régnante,en Hesse où régnait Jérôme Napoléon, la haine, contenued’abord, commençait à éclater à la nouvelle de l’audacieuseentreprise de l’Autriche. A mesure qu’on s’éloignait du Rhinet de la main de la France, la hardiesse devenait plus grande,et se changeait en manifestations hostiles. Déjà des bandesd’insurgés étaient descendues des montagnes de la liesse surles bords de l’Elbe, et s’étaient montrées jusqu’aux portes deMagdebourg, semblant attendre une soudaine apparition ducôté de la Prusse, de laquelle on espérait un patriotique etvigoureux effort.
Dans toute la Prusse, en effet, l’exaspération était au comble.
Aux souffrances générales des Allemands se joignaient dansce pays des souffrances toutes personnelles à la nation prus-sienne. Ces fameuses batailles où avait péri l’indépendancede l’Allemagne, c’était elle qui les avait perdues. Elle avaitvu démembrer la monarchie du grand Frédéric, et pour unmoment éclipser sa gloire; et, si elle était sensible aux peinesmatérielles autant qu’aux peines morales, elle avait, dansd’écrasantes contributions militaires à payer, la preuve cui-sante de la domination étrangère. Aussi l’audace avait-elleété poussée en Prusse plus loin que partout ailleurs. Un con-voi français d’artillerie, venant des bords de la Vistule pourse renfermer dans Magdebourg, avait été assailli, insulté,accablé de traitements indignes. A Berlin, on avait annoncétout haut la guerre d’Autriche avant qu’elle fût déclarée ; onavait également annoncé dès ses débuts qu’elle serait heu-reuse, que le monde entier s’y joindrait, que si le roi Frédé-ric-Guillaume, abattu, démoralisé, refusait de s’y associer,