Band 
[Vol. 6.]
Seite
218
JPEG-Download
 

218

LIVRE XXXV.

Mai 1809.

Retraite précipi-tée de l’archiducJean à la nou-velle desévénements deRatisbonne.

timidés par la défaite de Sacile. Il s’était appliqué, dans cebut, à faire sur le haut Adige de fréquentes reconnaissances,qui avaient souvent tourné en véritables combats. Ce princecommençait effectivement à se remettre, lorsque le 1 er mai,dans l’une de ces reconnaissances, le général Macdonald aper-çut à l’horizon une immense quantité de charrois paraissantrétrograder vers le Frioul. A cette date on ne savait rien en-core au quartier général du prince Eugène des événementsde Ratisbonne, et on était inquiet pour l’Allemagne autant quepour l’Italie. Mais le général Macdonald ne pouvant attribuerun pareil mouvement qu’à des défaites que les Autrichiensauraient essuyées en Bavière, poussa son cheval au galop versle prince Eugène, et lui prenant la main : Victoire en Alle-magne, lui dit-il, c’est le moment de marcher en avantl —Le prince, charmé, lui serra la main à son tour. Tous deuxcoururent aux avant-postes, reconnurent de leurs yeux, etapprirent bientôt par tous les rapports que les Autrichiensbattaient en retraite. Ainsi se faisait sentir à distance la puis-sante impulsion de Napoléon. Sa marche victorieuse en Ba-vière obligeait l’archiduc Jean à rebrousser chemin, et à re-tourner en Frioul. Le prince autrichien aurait bien voulu tra-verser les Alpes, pour porter secours à ses frères, en se ren-dant sur le Danube, mais 1 il n’osa point tenter une telle har-diesse, car s’il pouvait à la vérité tomber dans le flanc de Na-

1 Le général Mayer, officier attaché à l’état-inajor de l’archiduc Jean, dé-voué comme de juste à sa gloire, et beaucoup moins à celle de l’archiducCharles, a prétendu, dans un récit dont nous avons déjà parlé, que l’archi-duc Jean voulait passer à travers les Alpes, et se jeter en Bavière, mais qu'ilen fut empêché par la précipitation du général Chasteler à abandonner leTyrol italien. D’après ce récit, le général Chasteler, se hâtant trop de cou-rir dans le Tyrol allemand pour y tenir tête aux Bavarois, aurait livré àl’armée française d'Italie la route des Alpes, et rendu impossible le mouve-ment de l’archiduc Jean vers l’archiduc Charles. Je dois dire que rien nejustifie cette assertion, inspirée par le zèle d’un lieutenant pour la renomméede son chef, et que tout prouve au contraire que l'archiduc Jean, en appre-nant les événements de Ratisbonne, ne songea qu’à se retirer vers la Hon-grie, pour n’être pas débordé par le mouvement de Napoléon sur Vienne.