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[Vol. 6.]
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LIVRE XXXV.

Mai 1809.

Quefjugementonpeut porter surla conduite mili-taire deNapoléon.

Divers jugementsportés sur la con-duite militairede l’archiducCharles.

général, on ne pouvait qu’admirer le choix de l’ile de Lobau,choix qui avait rendu possible une opération dans tout autrecas impraticable, et qui permettait qu’une position désas-treuse, d’où l’on n’aurait dû sortir que noyés ou prisonniersfinit par la plus facile, la moins troublée des retraites. Maison devait blâmer la précipitation que Napoléon .avait mise àtraverser le fleuve dans une telle saison, avant d’avoir réunides moyens suffisants de passage. En cela il était reprocha-ble assurément, mais tant de motifs excusaient son impatienced’occuper les deux rives du Danube, qu’on peut lui pardon-ner d’avoir trop compté sur la fortune, dans le désir d’épar-gner le temps. Son tort véritable, son tort éternel, c’étaitcette politique sans frein, qui, après l’avoir porté sur le Nié-men d’où il était revenu à force de miracles, l’avait portéensuite sur l’Ebre et le Tage d’où il était revenu de sa per-sonne en y laissant ses plus belles armées, l’entraînait main-tenant de nouveau sur le Danube où il ne parvenait à se sou-tenir que par d’autres miracles, miracles dont la suite pou-vait à tout moment s’interrompre, et aboutir à des désastres.C’est là, disons-nous, qu’était son tort, car le général ne com-mettait de fautes que sous la contrainte qu’exerçait sur luile plus imprudent des politiques.

Quant à l’archiduc Charles, fort critiqué depuis, surtoutpar ses compatriotes, car c’est ordinairement chez ses con-citoyens qu’on recueille le plus d’amertume, il déploya unegrande énergie, quoi qu’on ait pu dire; et si on trouve éton-nant qu’il n’ait pas précipité l’armée française dans le Danube,c’est qu’on oublie la puissance des positions choisies par sonadversaire, l’impossibilité d’arracher Essling et Aspern à soi-xante mille Français, commandés par Cannes et Masséna, etréduits à vaincre ou à périr; c’est qu’on oublie les avantagesde l’ile de Lobau, qui, Essling et Aspern nous restant, étaitfacile à regagner, et devenait alors un asile inviolable. Cher-cher à forcer le petit bras devant Masséna, sans avoir de pont,