W A G R A M.
309
vait dans l’espérance de se joindre aux Autrichiens et non juin ia»aux Polonais. Ceux-ci ayant intercepté la lettre l’avaient en-voyée avec beaucoup d’autres à Saint-Pétersbourg. Partoutoù les avant-postes russes et autrichiens se rencontraient, ilsse tendaient la main en se promettant de servir bientôt en-semble. En un mot, les divisions russes parvenues enfin surle territoire de la Galicie ne semblaient y être venues quepour comprimer l’insurrection gallicienne. Sous prétexte deprendre possession du pays, elles supprimaient partout lesnouvelles autorités polonaises, et rétablissaient les anciennesautorités autrichiennes.
Tandis que les Russes manquaient ainsi à leur parole, pro-bablement contre le gré de leur souverain, les Polonais man-quaient de leur côté, contre le gré également de Napoléon, àcelle qu’on avait donnée aux Russes, et annonçaient danstoutes leurs proclamations le prochain rétablissement de laPologne. Napoléon leur avait néanmoins bien recommandé dene parler que du grand-duché de Varsovie, et de ne pas luialiéner la Russie par un langage imprudent. Il n’avait cesséde leur dire que le jour viendrait où, sans faillir à ses engage-ments, sans s’attirer plus d’ennemis qu’il n’en pouvait com-battre à la fois, il achèverait leur reconstitution en agrandis-sant peu à peu le duché de Varsovie; qu’il ne pouvait pastout faire d’un seul coup; qu’il lui fallait pour achever sonœuvre du temps et des occasions; qu’en ce moment manifesterdes espérances, exprimer des vœux prématurés", c’était lemettre inutilement en péril, et s’y mettre soi-même. Napo-léon, en donnant ces conseils, n’avait pas été plus écoute parles Polonais qu’Alexandre par les Russes. Toutefois il faut re-connaître qu’Alexandre, s’il s’y était appliqué sincèrement,aurait pu sur les Russes beaucoup plus que Napoléon sur lesPolonais. Mais il était Russe aussi, et travailler au rétablis-sement de la Pologne en aidant les Polonais contre les Autri-chiens lui coûtait presque autant qu’à ses soldats. Lui-même,