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[Vol. 6.]
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LIVRE XXXV.

Juin 1809. manquant pas, elles furent établies avec un soin infini, pour-vues d’épaulements en terre, de plates-formes, de petits ma-gasins à poudre. Les pièces de gros calibre, qu’une arméene traîne jamais avec elle, avaient été prises dans l’arsenalde Vienne. Quant aux affûts, on les avait fait construire parles ouvriers de l’arsenal.

Indépendamment de ces moyens d’artillerie imaginés pourprotéger le passage, Napoléon eut recours, pour le rendre ra-pide, simultané, foudroyant, à des combinaisons inconnuesjusqu’à lui. Il voulait qu’en quelques minutes plusieurs milliersd’hommes, jetés au delà du petit bras, eussent fondu sur lesavant-postes autrichiens pour les surprendre et les enlever ;qu’en deux heures cinquante mille autres fussent déployés surla rive ennemie pour y livrer une première bataille; qu’enfinen quatre ou cinq heures cent cinquante mille chevaux, sixcents bouches à feu eussent passé pour décider du sort de lamonarchie autrichienne. Jamais de telles opérations n’avaientété ni projetées, ni exécutées sur une pareille échelle.

Lorsqu’on veut franchir un fleuve, on commence par trans-porter inopinément quelques soldats résolus dans des bar-ques. Ces soldats, bien choisis et bien commandés, vontdésarmer ou tuer les avant-postes ennemis, puis fixer desamarres auxquelles on attache les bateaux qui doivent porterle pont. Ensuite l’armée elle-même passe aussi vite que pos-sible, car un pont est un défilé long et étroit, que des massesd’infanterie, de cavalerie et d’artillerie ne peuvent traverserqu’en s’allongeant beaucoup.

La première de ces opérations était la plus difficile enprésence d’un ennemi aussi nombreux, aussi préparé quel’étaient les Autrichiens. Napoléon pour la faciliter fitconstruire de grands bacs, capables de porter 300 hom-mes chacun, devant être conduits à la rame sur l’autre rive,et ayant, pour mettre les hommes à l’abri de la mousquete-rie, un mantelet mobile qui en s’abattant servait à descendre