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[Vol. 6.]
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LIVRE XXXV.

Juillet 1809. même ordre non - seulement aux batteries placées à la droitede Me, mais à celles qui étaient placées à gauche, vers l’an-cien passage, afin d’étourdir les Autrichiens par la simulta-néité de ces attaques. Tout à coup cent neuf bouches à feudu plus gros calibre remplirent l’air de leurs détonations. Lecolonel Baste parcourant le Danube avec ses barques armées,tant au-dessus qu’au-dessous de Me de Lobau, se mit à ca-nonner partout où l’on apercevait des feux, au point de faireperdre l’esprit à l’ennemi le plus calme et le plus résolu.Bientôt le ciel lui-même joignit son tonnerre à celui de Napo-léon, et l’orage, qui chargeait l’atmosphère, fondit en torrentsde pluie et de grêle sur la tête des deux armées. La foudresillonnait les airs, et quand elle avait cessé d’y briller, desmilliers de bombes et d’obus les sillonnant à leur tour, se pré-cipitaient sur la malheureuse ville d’Enzersdorf. Jamais laguerre dans ses plus grandes fureurs n’avait présenté unspectacle aussi épouvantable. Napoléon courant à cheval, d’unbout à l’autre de la rive où s’exécutait cette prodigieuse entre-prise, dirigeait tout avec le calme, avec la sûreté qui accom-pagnent des projets longuement médités. Ses officiers, aussipréparés que lui, ne ressentaient au milieu de cette nuit, nitrouble, ni embarras. Tout marchait avec une régularité par-faite, malgré la grêle, la pluie, les balles, les boulets, le rou-lement du tonnerre et de la canonnade. Vienne, éveillée parces sinistres bruits, apprenait enfin que son sort se décidait,et que la pensée, de Napoléon, si longtemps menaçante, étaitprès de s’accomplir,

A deux heures après minuit, l’armée avait déjà trois ponts,celui du confluent, celui d’une seule pièce au-dessous de VileAlexandre, celui de pontons en face de cette île. Oudinotpassa sur le premier, Masséna sur le second, et en livra im-médiatement l’usage au maréchal Davout. Les troupes défi-lèrent avec rapidité et en colonnes serrées. Bientôt à droitele général Oudinot enleva les bois du confluent, repoussa quel-