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[Vol. 6.]
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mations, soit dans les gazettes; que lorsqu’on est induit à parler de sesforces on doit les exagérer et les présenter comme redoutables en endoublant ou triplant le nombre, et que lorsqu’on parle de l’ennemi ondoit diminuer sa force de la moitié ou du tiers. — Que dans la guerretout est moral ; que le roi s’est éloigné de ce principe lorsqu'il a ditqu'il n’avait que 40 mille hommes et lorsqu’il a publié que les insurgésen avaient 120 mille; que c'est porter le découragement dans les troupesfrançaises que de leur présenter comme immense le nombre des ennemis,et donner à l’ennemi une faible opinion des Français en les présentantcomme peu nombreux ; que c'est proclamer dans toute l’Espagne sa fai-blesse; en un mot, donner de la force morale à ses ennemis et se l’dterà soi-même; qu’il est dans l’esprit de l’homme de croire qu'à la longuele petit nombre doit être battu par le plus grand.

«Les militaires les plus exercés ont peine un jour de bataille à évaluerle nombre d'hommes dont est composée l’armée ennemie, et, en général,l’instinct naturel porte à juger l’ennemi que l'on voit plus nombreux qu’ilne l’est réellement. Mais lorsque l'on a l’imprudence, en général, delaisser circuler des idées, d'autoriser soi-même des calculs exagérés surla force de l’ennemi, cela a l’inconvénient que chaque colonel de cava-lerie qui va en reconnaissance voit une armée , et chaque capitaine devoltigeurs des bataillons.

»Je vois donc avec peine la mauvaise direction que l’on donne à l'es-prit de mon armée d’Espagne, en répétant que nous étions 40 mille con-tre 120 mille. On n’a atteint qu'un seul but par ces déclarations, c’estde diminuer notre crédit en Europe en faisant croire que notre crédittenait à rien, et on a affaibli notre ressort moral en augmentant celui del’ennemi. Encore une fois, à la guerre, le moral et l'opinion sont plusde la moitié de la réalité. L’art des grands capitaines a toujours été depublier et de faire apparaître à l’ennemi leurs troupes comme très-nom-breuses, et à leur propre armée l'ennemi comme très-inférieur. C’est lapremière fois qu’on voit un chef réprimer ses moyens au-dessous de lavérité en exaltant ceux de l’ennemi.

»Le soldat ne juge point, mais les militaires de sens, dont l’opinionest estimable et qui jugent avec connaissance de choses , font peu d'at-tention aux ordres du jour et aux proclamations, et savent apprécier lesévénements.

» J’entends que de pareilles inadvertances n’arrivent plus désormais,et que, sous aucun prétexte, on ne fasse ni ordre du jour ni proclama-tions qui tendraient à faire connaître le nombre de mes armées ; j’en-tends même qu’on prenne des mesures directes et indirectes pour donnerla plus haute opinion de leur force. J’ai en Espagne le double et letriple, en consistance, valeur et nombre, des troupes françaises que jepuis avoir en aucune partie du monde. Quand j’ai vaincu à Eckinühll’armée autrichienne, j’étais un contre cinq, et cependaat mes soldatscroyaient être au moins égaux aux ennemis, et encore aujourd’hui, malgré