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Tome premier.
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68 LES CONFESSIONS#

ture, j’eus le temps de m’étonner tout à mon aise de celle où je metrouvois.

Le lendemain matin on nous assembla de nouveau pour l’in-struction ; et ce fut alors que je commençai à réfléchir pour la pre-mière fois sur le pas que j’allois faire et sur les démarches qui m’yavoient entraîné.

J’ai dit, je répète et je répéterai peut-être encore une chosedont je suis tous les jours plus pénétré : c’est que si jamais enfantreçut une éducation raisonnable et saine, c’a été moi. Né dansune famille que ses mœurs distinguoient du peuple, je n’avoisreçu que des leçons de sagesse et des exemples d’honneur de tousmes parents. Mon père, quoique homme de plaisir, avoit nonseulement une probité sure , mais beaucoup de religion. Galanthomme dans le monde, et chrétien dans l’intérieur, il m’avoit in-spiré de bonne heure les sentiments dont il étoit pénétré. De mestrois tantes, toutes sages et vertueuses, les deux aînées étoientdévotes ; et la troisième, fille à la fois pleine de grâce, d’esprit etde sens, l’étoit peut-être encore plus qu’elles, quoique avec moinsd’ostentation. Du sein de cette estimable famille je passai chezM. Lamhercier, qui, bien qu’homme d’église et prédicateur, étoitcroyant en dedans et faisoit presque aussi bien qu’il disoit. Sasœur et lui cultivèrent, par des instructions douces et judicieuses,les principes depiété qu’ils trouvèrent dans mon cœur. Ces dignesgens employèrent pour cela des moyens si vrais, si discrets, siraisonnables, que, loin de m’ennuyer au sermon, je n’en sortaisjamais sans être intérieurement touché et sans faire des résolu-tions de bien vivre, auxquelles je manquois rarement en y pen-sant. Chez ma tante Bernard la dévotion m’ennuyoit un peu plus,parcequ’elle en faisoit un métier. Chez mon maître je n’y pensoisplus guère, sans pourtant penser différemment. Je ne trouvaipoint de jeunes gens qui me pervertissent. Je devins polisson ,mais non libertin.

J’avois donc de la religion tout ce qu’un enfant à l’àge où j’é-tois en pouvoit avoir. J’en avois même davantage ; car pourquoidéguiser ici ma pensée ? Mon enfance ne fut point d’un enfant ;je sentis, je pensai toujours en homme. Ce n'est qu’en grandis-sant que je suis rentré dans la classe ordinaire; en naissant, j’enétais sorti. L’on rira de me voir donner modestement pour unprodige. Soit : mais quand on aura bien ri, qu’on trouve un en-fant qu’à six ans les romans attachent, intéressent, trans-