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Tome premier.
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PARTÎT I, LIVRE II. (1728-1731 ) 67

grosse porte à barreaux de fer, qui dès que je fus passé fut ferméeà double tour sur mes talons. Ce début me parut plus imposantqu’agréable, et commençoit à me donner à penser, quand on mefit entrer dans une assez grande pièce. J’y "vis pour tout meubleun autel de bois surmonté d’un grand crucifix au fond de la cham-bre, et autour quatre ou cinq chaises aussi de bois, qui parois-soient avoir été cirées, mais qui seulement étaient luisantes àforce de s’en servir et de les frotter. Dans cette salle d'assembléeétaient quatre ou cinq affreux bandits, mes camarades d’instruc-tion, et qui sembloient plutôt des archers du diable que des as-pirants à se faire enfants de Dieu. Deux de ces coquins étaient desEsclavons, qui se disoient Juifs et Maures, et qui, comme ils met’avouèrent, passoient leur vie à courir l’Espagne et l’Italie, em-brassant le christianisme et se faisant baptiser partout où le pro-duit en valoit la peine. On ouvrit une autre porte de fer qui par-tageoit en deux un grand balcon régnant sur la cour. Par cetteporte entrèrent nos sœurs les catéchumènes, qui comme mois’alloient régénérer, non par le baptême, mais par une solennelleabjuration. C’étoient bien les plus grandes salopes et les plus vi-laines coureuses qui jamais aient empuanti le bercail du Seigneur.Une seule me parut jo’ie et assez intéressante. Elle était à peuprès de mon âge, peut-être un an ou deux de plus. Elle avoit desyeux fripons qui rencontroient quelquefois les miens. Cela m’in-spira quelque désir de faire connoissance avec elle : mais, pendantprès de deux mois qu’elle demeura encore dans cette maison, oùelle était depuis trois, il me fut absolument impossible de l’accos-ter, tant elle était recommandée à notre vieille geôlière, et obsédéepar le saint missionnaire, qui travail loit à sa conversion avec plusde zèle que de diligence. Il falloit qu’elle fût extrêmement stupide,quoiqu’elle n’en eût pas l’air; car jamais instruction ne fut pluslongue. Le saint homme ne la trouvoit toujours point en état d’ab-jurer. ftfais elle s’ennuya de sa clôture, et dit qu’elle voulait sor-tir, chrétienne ou non. Il fallut la prendre au mot tandis qu’elleconsentait encore à l’être, de peur qu’elle ne se mutinât et qu’ellene le voulût plus.

La petite communauté fut assemblée en l’honneur du nouveauvenu. On nous fit une courte exhortation : à moi, pour m’engagerà répondre à la grâce que Dieu me faisoit; aux autres, pourles inviter à m’accorder leurs prières et à m’édifier par leursexemples. Après quoi, nos vierges étant rentrées dans leur clô-