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Tome premier.
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88 LES CONFESSIONS.

cliés qui m’a traversé toute ma vie, et qui m’a donné une aversionbien naturelle pour l’ordre apparent qui les produit. Madamede Vercellis, n’ayant point d’enfants, avoit pour héritier son ne-veu, le comte de La Roque, qui lui faisoit assidûment sa cour.Outre eela, ses principaux domestiques, qui la voyoient tirer à safin, ne s’oublioient pas ; et il y avoit tant d’empressés autourd’el'e, qu’il étoit difficile qu’elle eût du temps pour penser à moi.A la tête de sa maison étoit un nommé M. Lorenzi, hommeadroit, dont la femme, encore plus adroite, s’étoit tellement in-sinuée dans les bonnes grâces de sa maîtresse , qu’elle étoit plutôtchez elle sur le pied d’une amie que d’une femme à ses gages.Elle lui avoit donné pour femme de chambre une nièce à elle ap-pelée mademoiselle Pontal, fine mouche, qui se donnoit des airsde demoiselle suivante , et aidoit sa tante à obséder si bien leurmaîtresse , qu'elle ne voyoit que par leurs yeux et n’agissoit quepar leurs mains. Je n’eus pas le bonheur d’agréer à ces trois per-sonnes : je leur obéissois, mais je ne les servois pas; je n’imagi-nois pas qu’outre le service de notre commune maîtresse je dusseêtre encore le valet de ses valets. J’étois d'ailleurs une espèce depersonnage inquiétant pour eux. Ils voyoient bien que je n’étoispas à ma place ; ils craignoient que madame ne le vît aussi, etque ce qu’elle feroit pour m’y mettre ne diminuât leurs portions :car ces sortes de gens, trop avides pour être justes, regardenttous les legs qui sont pour d’autres comme pris sur leur proprebien. Ils se réunirent donc pour m’écarter de ses yeux. Elle ai-moit à écrire des lettres, c’étoit un amusement pour elle dans sonétat : ils l’en dégoûtèrent et l’en firent détourner par le médecin,en la persuadant que cela la fatiguoit. Sous prétexte que jen’entendois pas le service, on employoit au lieu de moi deuxgros manants de porteurs de chaises autour d’elle : enfin l’on lit sibien , que, quand elle fit son testament, il y avoit huit jours queje n’étois eniré dans sa chambre. Il est vrai qu’après cela j’y en-trai comme auparavant ; et j’y fus même plus assidu que personne,car lesdouleurs de celte pauvre femme me déehiroient; la constanceavec laquelle elle les souffroit me la rendoit extrêmement respec-table et chère, et j’ai bien versé, dans sa chambre, des larmessincères, sans qu’elle ni personne s’en aperçût.

Nous la perdîmes enfin. Je la vis expirer. Sa vie avoit été celled’une femme d’esprit et de sens ; sa mort fut celle d’un sage. Jepuis dire qu’elle me rendit la religion catholique aimable, par la