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PARTIE I, LIVRE III. ( 1731-1732.)mère, une sœur chérie, une délicieuse amie, et rien de plus. Je lavoyois toujours ainsi, toujours la même, et ne voyois jamaisqu’elle. Son image, toujours présente à mon cœur, n’y laissoitplace à nulle autre ; elle étoit pour moi la seule femme qui fut aumonde; et l'extrême douceur des sentiments qu’elle m’inspiroit,ne laissant pas à mes sens le temps de s’éveiller pour d’autres,me garantissoit d’elle et de tout son sexe. En un mot, j’étois sageparceque je l’aimois. Sur ces effets, que je rends mal, dise quipourra de quelle espèce étoit mon attachement pour elle. Pourmoi, tout ce que j’en puis dire est que s’il paroît déjà fort extra-ordinaire, dans la suite il le paroîtra beaucoup plus.
Jepassoismon temps le plus agréablement du monde, occupédes choses qui me plaisoient le moins. C’étoient des projets à ré-diger, des mémoires à mettre au net, des recettes à transcrire ;c’étoient des herbes à trier, des drogues à piler, des alambics àgouverner. Tout à travers tout cela venoient des foules de pas-sants, de mendiants, de visites de toute espèce. Il falloit entrete-nir tout à la fois un soldat, un apothicaire, un chanoine, une belledame, un frère lai. Je pestois, je grommelois,- je jurois, jedon-nois au diable toute cette maudite cohue. Pour elle, qui prenoittout en gaieté, mes fureurs la faisoientrire aux larmes ; et ce quila faisoit rire encore plus étoit de me voir d’autant plus furieuxque je ne pouvois moi-même m’empêcher de rire. Ces petits inter-valles où j’avois le plaisir de grogner étoient charmants ; et s’ilsurvenoit un nouvel importun durant la querelle, elle en savoitencore tirer parti pour l’amusement en prolongeant malicieuse-ment la visite, et me jetant des coups d’œil pour lesquels je l’au-rois volontiers battue. Elle avoit peine à s’abstenir d’éclater enme voyant, contraint et retenu par la bienséance, lui faire desyeux de possédé, tandis qu’au fond du cœur, et même en dépit demoi, je trouvois tout cela très comique.
Tout cela, sans me plaire en soi, m’amusoit pourtant, parce-qu’il faisoit partie d’une manière d’être qui m’étoit charmante.Rien de ce qui se faisoit autour de moi, rien de tout ce qu’on mefaisoit faire n’étoit selon mon goût, mais tout étoit selon moncœur. Jecroisquejeserois parvenu àaimerla médecine, simondé-goùt pour elle n'eùt fourni des scènes folâtres qui nous égayoientsans cesse : c’est peut-être la première fois que cet art a produitun pareil effet. Je prétendois connoître à l’odeur un livre de mé-decine ; et ce qu’il y a de plaisant est que je m’y trompois rare-
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