LES CONFESSIONS.
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Je ne finnois pas si j’entrois dans le détail de toutes les foliesque le souvenir de cette chère maman me faisoit faire quand jen’étois plus sous ses yeux. Combien de fois j’ai baisé mon lit ensongeant qu’elle y avoit couché ; mes rideaux, tous les meublesde ma chambre en songeant qu'ils étoient à elle, que sa bellemain les avoit touchés ; le plancher même sur lequel je me pro-sternois en songeant qu’elle y avoit marché ! Quelquefois mêmeen sa présence ii m'échappoit des extravagances que le plus vio-lentamour seul sembloitpouvoirinspirer.Unjouràtable,au mo-ment qu’elle avoit mis un morceau dans sa bouche, je m’écrieque j'y vois un cheveu : elle rejette le morceau sur son assiette ; jem’en saisis avidement et l’avale. En un mot. de moi à l’amant leplus passionné il n’y avoit qu’une différence unique, mais essen-tielle, et qui rend mon état presque inconcevable à la raison.
J’étois revenu d’Italie, non tout-à-fait comme j’y étois allé,mais comme peut-être jamais à mon âge on n'en est revenu. J’enavois rapporté non ma virginité, mais mon pucelage. J’avois sentile progrès des ans; mon tempérament inquiet s’etoit enfin déclaré,et sa première éruption, très involontaire, m’avoit donné sur masanté des alarmes qui peignent mieux que toute autre chose l’in-nocence dans laquelle j’avois vécu jusqu’alors. Bientôt rassuré,j’appris ce dangereux supplément qui trompe la nature, et sauveaux jeunes gens de mon humeur beaucoup de désordres aux dé-pens de leur santé, de leur vigueur, et quelquefois de leur vie. Cevice, que la honte et la timidité trouvent si commode, a de plusun grand attrait pour les imaginations vives : c’est de disposer,pour ainsi dire, à leur gré, de tout le sexe, et de faire servir àleurs plaisirs la beauté qui les tente, sans avoir besoin d’obtenir sonaveu. Séduit par ce funeste avantage, jetravaillois à détruire labonne constitution qu’avoit rétablie en moi la nature, et à quij'avois donné le temps de se bien former. Qu’on ajoute à cette dis-position le local de ma situation présente, logé chez une joliefemme, caressant son image au fond de mon cœur, la voyant sanscesse dans la journée, le soir entouré d’objets qui me la rappel-lent, couché dans un lit où je sais qu’elle a couché. Que de stimu-lants ! tel lecteur qui se les représente me regarde déjà comme àdemi mort. Tout au contraire, ce qui devoit me perdre fut préci-sément ce qui me sauva, du moins pour un temps. Enivré ducharme de vivre auprès d’elle, du désir ardent d'y passer mesjours, absente ou présente, je vovois toujours en elle une tendre