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Tome premier.
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PARTIS I, LIVRE III. ( 1731-1732.) 131

nous présenter à lui, et lui demander gîte sous quelque prétexte,comme si nous étions là du consentement du chapitre. Le Maîtregoûta cette idée, qui rendoitsa vengeance moqueuse et plaisante.Nous allâmes donc effrontément chez M. Reydelet, qui nous re-çut très bien. Le Maître lui dit qu’il alloit à Bellay, à la prière del’évêque, diriger sa musique aux fêtes de Pâques; qu’il comptoitrepasser dans peu de jours : et moi, à l’appui de ce mensonge,j’en enfilai cent autres si naturels, que M. Beydelet, me trou-vant joli garçon, me prit en amitié et me fit mille caresses. Nousfûmes bien régalés , bien couchés. M. Reydelet ne savoit quellechère nous faire ; et nous nous séparâmes les meilleurs amis dumonde, avec promesse de nous arrêter plus long-temps au retour.A peine pûmes-nous attendre que nous fussions seuls pour com-mencer nos éclats de rire; et j’avoue qu’ils me reprennent encoreen y pensant, car on ne sauroit imaginer une espièglerie mieuxsoutenue ni plus heureuse. Elle nous eût égayés durant toute laroute, si M. Le Maître, qui ne cessoit de boire et de battre lacampagne, n’eût été attaqué deux ou trois fois d’une atteinte à la-quelle il devenoit très sujet, et qui ressembloit fort à l’épilepsie.Cela me jeta dans des embarras qui m’effrayèrent, et dont je peu -sai bientôt à me tirer comme je pourrois.

Nous allâmes à Bellay passer les fêtes de Pâques, comme nousl’avions dit à M. Reydelet ; et quoique nous n’y fussions point at-tendus, nous fûmes reçus du maître de musique et accueillis detout le monde avec grand plaisir. M. Le Maître avoit de la consi-dération dans son art, et la méritoit. Le maître de musique de Bel-lay se fit honneur de ses meilleurs ouvrages, et tâcha d’obtenirl’approbation d’un si bon juge ; car outre que Le Maître étoit con-noisseur, il étoit équitable, point jaloux et point flagorneur. Ilétoit si supérieur à tous ces maîtres de musique de province, et ilsle sentoient si bien eux-mêmes, qu’ils le regardoient moins commeleur confrère que comme leur chef.

Après avoir passé très agréablement quatre ou cinq jours à Bel-lay , nous en repartîmes, et continuâmes notre route sans aucunaccident que ceux dont je viens de parler. Arrivés à Lyon, no*sfûmes loger à Notre-Dame-de-Pitié ; et, en attendant la caisse,qu’à la faveur d’un autre mensonge nous avions embarquée sur leRhône, par les soins de notre bon patron M. Reydelet, M. LeMaître alla voir ses connoissances, entre autres le P. Caton , cor-delier, dont il sera parlé dans la suite, et l’abbé Dortan, comte