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Tome premier.
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1 32 LES CONFESSIONS,

de Lyon. L’un et l’autre le reçurent bien; mais ils le trahirent,comme on verra tout à l’heure : son bonheur s’étoit épuisé chezM. Reydelet.

Deux jours après notre arrivée à Lyon, comme nous passionsdans une petite rue non loin de notre auberge, Le Maître fut sur-pris d’une de ses atteintes; et celle-là fut si violente que j’en fussaisi d'effroi. Je fis des cris, appelai du secours, nommai son au-berge , et suppliai qu’on l’y fit porter ; puis tandis qu’on s’assem-bloit et s’empressoit autour d’un homme tombé sans sentiment etécumant au milieu de la rue, il fut délaissé du seul ami sur lequelil eût dû compter. Je pris l’instant où personne ne songeoit à moi ;je tournai le coin de la rue, et je disparus. Grâce au ciel, j’ai finice troisième aveu pénible. S’il m’en restoit beaucoup de pareils àfaire, j’abandonnerois le travail que j’ai commencé.

De tout ce que j’ai dit jusqu’à présent, il en est resté quelquestraces dans les lieux où j’ai vécu ; mais ce que j’ai à dire dansle livre suivant est presque entièrement ignoré. Ce sont les plusgrandes extravagances de ma vie, et il est heureux qu’elles n’aientpas plus mal fini. Mais ma tête , montée au ton d’un instrumentétranger, étoit hors de son diapason : elle y revint d’elle-même ;et alors je cessai mes folies, ou du moins j’en fis de plus accor-dantes à mon naturel. Cette époque de ma jeunesse est celle dontj’ai l’idée la plus confuse. Rien presque ne s’y est passé d’assezintéressant à mon cœur pour m’en retracer vivement le souvenir;et il est difficile que dans tant d’allées et venues, dans tant de dé-placements successifs, je ne fasse pas quelques transpositions detemps ou de lieu. J’écris absolument de mémoire, sans monuments,sans matériaux qui puissent me la rappeler. Il y a des événementsde ma vie qui me sont aussi présents que s’ils venoient d’arriver ;mais il y a des lacunes et des vides que je ne peux remplir qu’àl’aide de récits aussi confus que le souvenir qui m’en est resté.J’ai donc pu faire des erreurs quelquefois, et j’en pourrai faireencore sur des bagatel’es, jusqu’au temps où j’ai de moi des ren-seignements plus sûrs ; mais en ce qui importe vraiment au su-jet , je suis assuré d’être exact et fidèle, comme je tâcherai tou-jours de l’être en tout : voilà sur quoi l’on peut compter.

Sitôt que j’eus quitté M. Le Maître, ma résolution fut prise ,et je repartis pour Annecy. La cause et le mystère de notre dé-part m’avoient donné un grand intérêt pour la sûreté de notre re-traite ; et cet intérêt m’occupant tout entier, avoit fait diversion