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Tome premier.
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PARTIE I, LIVRE IV. ( 1732 .) 163

pression je leur donne! On a, dit-on, trouvé de tout cela dansmes ouvrages, quoique écrits vers le déclin de mes ans. Oh ! sil’on eût vu ceux de ma première jeunesse, ceux que j’ai faits du-rant mes voyages, ceux que j’ai composés et que je n’ai jamaisécrits!... Pourquoi, direz-vous, ne les pas écrire? Et pourquoiles écrire? vous répondrai-je : pourquoi m’ôter le charme actuelde la jouissance, pour dire à d’autres que j’avois joui ? Que m’im-portoient des lecteurs, un public, et toute la terre, tandis que jeplanois dans le ciel? D’ailleurs, porîois-je avec moi du papier,des plumes? Si j’avois pensé à tout cela, rien ne me seroit venu.Je ne prévoyois pas que j’aurois des idées ; elles viennent quandil leur plaît, non quand il me plaît. Elles ne viennent point, ouelles viennent en foule ; elles m’accablent de leur nombre et deleur force. Dix volumes par jour n’auroient pas suffi. Où prendredu temps pour les écrire? En arrivant je ne songeois qu’à biendîner ; en partant je ne songeois qu’à bien marcher. Je sentoisqu’un nouveau paradis m’attendoit à la porte ; je ne songeois qu’àl’aller chercher.

Jamais je n’ai si bien senti tout cela que dans le retour dont jeparle.En venantàParis, je m’étois borné aux idées relatives à ceque j’yallois faire. Je m’étois élancé dans la carrière où j’alloisentrer, et je l’avois parcourue avec assez de gloire ; mais cettecarrière n’étoit pas celle où mon cœur m’appe' oit, et les êtres réelsnuisoient aux êtres imaginaires. Le colonel Godard et son neveufiguroient mal avec un héros tel que moi. Grâces au ciel, j’étoismaintenant délivré de tous ces obstacles : je pouvois m’enfoncerà mon gré dans le pays des chimères, car il ne restoit que celadevant moi. Aussi, je m’y égarai si bien, que je perdis réellementplusieurs fois ma route ; et j'eusse été fort fâché d’aller plus droit,car, sentant qu’à Lyon j’allois me retrouver sur la terre, j’auroisvoulu n’y jamais arriver.

Un jour entre autres, m’étant à dessein détourné pour voir deprès un lieu qui me parut admirable, je m’y plus si fort et j’y fistant de tours que je me perdis enfin tout-à-fait. Après plusieursheures de course inutile, las et mourant de soif et de faim, j’en-trai chez un paysan dont la maison n’avoit pas belle apparence ,mais c’étoit la seule que je visse aux environs. Je croyois quec’étoit comme à Genève ou en Suisse, où tous les habitants à leuraise sont en état d’exercer l’hospitalité. Je priai celui-ci de medonner à dîner en payant. Il m’offrit du lait écrémé et de gros