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Tome premier.
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188
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188 LES CONFESSIONS,

et moi avec elles, à l’âge heureux où nous étions lors des momentsaussi doux qu’innocents que j’ai passés auprès d’elles 1 La pre-mière fut mademoiselle de Mellarède, ma voisine, sœur de l’élèvede M. Gaime. C’étoit une brune très vive, mais d’une vivacité ca-ressante, pleine de grâces, et sans étourderie. Elle étoit un peumaigre, comme sont la plupart des filles à son âge ; mais ses yeuxbrillants, sa taille fine, son air attirant n’avoient pas besoin d’em-bonpoint pour plaire. J’y al!ois le matin, et elle étoit encore or-dinairement en déshabillé, sans autre coiffure que ses cheveuxnégligemment relevés, ornés de quelque fleur qu’on meltoit àmon arrivée, et qu’on ôtoit à mon départ pour se coiffer. Jene crains rien tant dans le monde (a) qu’une jolie personne endéshabillé ; je la redouterois cent fois moins parée. Mademoisellede Menthon, chez qui j’allois l’après-midi, l’étoit toujours, et mefaisoit une impression tout aussi douce, mais différente. Ses che-veux étoient d’un blond cendré : elle étoit très mignonne, trèstimide et très blanche; une voix nette, juste et flùtée, mais quin’osoit sedévelopper. Elle avoit au sein la cicatrice d’une brûlured’eau bouillante, qu'un fichu de chenille bleue ne cachoit pas ex-trêmement. Cette marque attiroit quelquefois de ce côté mon at-tention , qui bientôt n’étoit plus pour la cicatrice. Mademoisellede Challes, une autre de mes voisines, étoit une fille faite;grande, belle carrure, de l’embonpoint : elle avoit été très bien.Ce n’étoit plus une beauté, mais c’étoit une personne à citer pourli bonne grâce, pour l’humeur égale, pour le bon naturel. Sasœur, madame de Charly, la plus belle femme de Chambéri,n’apprenoit plus la musique, mais elle la faisoit apprendre à safille, toute jeune encore, mais dont la beauté naissante eût pro-mis d’égaler celle de sa mère, si malheureusement elle n’eût étéun peu rousse. J’avois à la Visitation une petite demoiselle fran-çoise, dont j’ai oublié le nom, mais qui mérite une place dans laliste de mes préférences. Elle avoit pris le ton lent et traînant desreligieuses, et sur ce ton traînant elle disoit des choses très sail-lantes, qui ne serabloient point aller avec son maintien. Au resteelle étoit paresseuse, n’aimant pas à prendre la peine de montrerson esprit , et c’étoit une faveur qu’elle n’accordoit pas à tout lemonde. Ce ne fut qu’après un mois ou deux de leçons et de négli-gence qu’elle s’avisa de cet expédient pour me rendre plus assidu ;car je n’ai jamais pu prendre sur moi $e' l'être. Je me plaisois à

a Vab, rien tant an inonde.