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Tome premier.
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PARTIE I) LIVRE V. (1732-1736.) 207

fus contraint de tout abandonner. J’ai un vrai regret de n’avoirpas conservé le procès-verbal du bureau des Rousses : c’étoit unepiètce à figurer avec distinction parmi celles dont le recueil doitaccompagner cet écrit.

Cette perte me fit revenir à Chambéri tout de suite sans avoirriem fait avec l’abbé Blanchard; et, tout bien pesé, voyant lemailheur me suivre dans toutes mes entreprises, je résolus dem’attacher uniquement à maman, de courir sa fortune, et de nepluis m’inquiéter inutilement d’un avenir auquel je ne pouvoisriem. Elle me reçut comme si j’avois rapporté des trésors, remontapeu à peu ma petite garde-robe ; et mon malheur, assez grandpour l’un et pour l’autre, fut presque aussitôt oublié qu’arrivé.

Quoique ce malheur m’eût refroidi sur mes projets de musique,je ne laissois pas d’étudier toujours mon Rameau ; et à force d’ef-for ts, je parvins enfin à l’entendre et à faire quelques petits essaisde composition , dont le succès m’encouragea. Le comte de Relle-garde, fils du marquis d’Antremont, étoit revenu de Dresde aprèsla mort du roi Auguste. 11 avoit vécu long-temps à Paris : il ai-mait extrêmement la musique, et avoit pris en passion celle deRameau. Son frère le comte de Nangisjouoit du violon, madamela comtesse de La Tour leur sœur chantoit un peu. Tout cela mità Chambéri la musique à la mode, et l’on établit une manière deconcert public, dont on voulut d’abord me donner la direction :mais on s’aperçut bientôt qu’elle passoit mes forces, et l’on s’ar-rangea autrement. Je ne laissois pas d’y donner quelques petitsmorceaux de ma façon, et entre autres une cantate qui plut beau-coup. Ce n’étoitpas une pièce bien faite, mais elle étoit pleinede chants nouveaux et de choses d’effet que l’on n’attendoit pasde moi. Ces messieurs ne purent croire que, lisant si mal la mu-sique , je fusse en état d’en composer de passable, et ils ne dou-tèrent pas que je ne me fusse fait honneur du travail d’autrui.Pour vérifier la chose, un matin M. de Nangis vint me trouveravec une cantate de Clerambault, qu’il avoit transposée, disoit-il,pour la commodité de la voix, et à laquelle il falloit faire uneautre basse, la transposition rendant celle de Clerambault impra-ticable sur l’instrument. Je répondis que c’étoit un travail consi-dérable, et qui ne pouvoit être fait sur-le-champ. Il crut que jeeherchois une défaite, et me pressa de lui faire au moins la bassed’un récitatif. Je la fis donc, mal sans doute, parcequ’en toutechose il me faut, pour bien faire, mes aises et ma liberté ; mais