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Tome premier.
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PARTIE I, LIVRE V. (1732-1736.) 217

vilainss hommes (a) et des plus grands fous que j’a’e jamais vus,toujouirs plein de projets aussi fous que lui, qui faisoit tomber lesmillioins comme la pluie, et à qui les zéro) ne coûtaient rien. Cethommie, étant venu à Chambéri pour quelque procès au sénat,s’empiara de maman comme déraison, et, pour ses trésors de zéroqu’il hui prodiguoit généreusement, tiroit ses pauvresécus pièceà piècte. Je ne l’aimois point : il le voyoit; avec moi cela n’est pasdifficille : il n’y avoit sorte de bassesse qu’il n’employât pourme ca-joler. Il s’avisa de me proposer d’apprendre les échecs, qu’il jouoitun pe\u. J’essayai presque malgré moi ; et, après avoir tant bienque imal appris la marche, mon progrès fut si rapide, qu’avant lafin de la première séance je lui donnai la tour qu’il m’avoit don-née em commençant. Il ne m’en fallut pas davantage : me voilà for-cené «des échecs. J’achète un échiquier , j’achète le calabrois; jem’enferme dans ma chambre, j’y passe les jours et les nuits à vou-loir apprendre par cœur toutes les parties , à les fourrer dans matête bon gré mal gré , à jouer seul sans relâche et sans fin. Aprèsdeux ou trois mois de ce beau travail et d’efforts inimaginables, jevais au café, maigre, jaune, et presque hébété. Je m’essaie, je re-joue avecM. Bagueret : il me bat une fois, deux fois, vingt fois :tant de combinaisons s’étalent brouillées dans ma tête , et monimagination s’étoit si bien amortie, que je ne voyois plus qu’unnuage devant moi. Toutes les fois qu’avec le livre de Philidor oucelui de Stamma j’ai voulu m’exercer à étudier des parties, lamême chose m’est arrivée ; et après m’être épuisé de fatigue, jeme suis trouvé plus foible qu’auparavant. Du reste , que j’aieabandonné les échecs, ou qu’en jouant je me sois remis en ha-leine, je n’ai jamais avancé d’un cran depuis cette premièreséance, et je me suis toujours retrouvé au même point où j’étoisen la finissant. Je m’exercerois des milliers de siècles que je fini-rois jar pouvoir donner la tour à Bagueret, et rien de plus. Voilàdu temps bien employé ! direz-vous. Et je n’y en ai pas employépeu. le ne finis ce premier essai que quand je n’eus plus la forcede ccntinuer. Quand j’allai me montrer sortant de ma chambre ,j’avos l'air d’un déterré, et, suivant le même train, je n’auroispas resté déterré long-temps. On conviendra qu’il est difficile, etsurfait dans l’ardeur de la jeunesse, qu’une pareille tête laissetoujcurs le corps en santé.

L’ilteration de la mienne agit sur mon humeur, et tempéra far-ta. ... des phis vilains hommes, malgré'sa belle figure et...

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