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PARTIE I. U VUE U. ( 1736 .)autres, en tâchant de m’en excepter ; mais, outre-que son tempé-rament prévenoit assez l’abus de ses principes, je sais qu’ellen’étoit pas femme à prendre le change, et que réclamer l'excep-tion pour moi c’étoit la lui laisser pour tous ceux qu’il lui plairoit.Au reste, je compte ici par occasion cette inconséquence avec lesautres, quoiqu’elle ait eu toujours peu d’effet dans sa conduite, etqu'alors elle n’en eût point du tout : mais j’ai promis d’exposeriidèlement ses principes, et je veux tenir cet engagement. Je re-viens à moi.
Trouvant en elle toutes les maximes dont j’avois besoin pourgarantir mon ame des terreurs de la mort et de ses suites, je pui-sois avec sécurité dans cette source de confiance. Je m’attachoisà elle plus que je n’avois jamais fait; j’aurois voulu transportertout en elle ma vie, que je sentois prête à m’abandonner. De ceredoublement d’attachement pour elle, de la persuasion qu’il merestoit peu de temps à vivre, de ma profonde sécurité sur monsortà venir, résultoit un état habituel très calme et sensuel même,en ce qu’amortissant toutes les passions qui portent au loin noscraintes et nos espérances, il me laissoit jouir sans inquiétude etsans trouble du peu de jours qui m’étoient laissés. Une chose con-tribuoit à les rendre plus agréables, c’étoit le soin de nourrir songoût pour la campagne par tous les amusements que j’y pouvoisrassembler. En lui faisant aimer son jardin, sa basse-cour, sespigeons, ses vaches, je m’affectionnois moi-même à tout cela; etces petites occupations, qui remplissoient ma journée sans troublerma tranquillité, me valurent mieux que le lait et tous les remèdespour conserver ma pauvre machine, et la rétablir même autantque cela se pouvoit.
Les vendanges, la récolte des fruits, nous amusèrent le restede cette année, et nous attachèrent de plus en plus à la vie rusti-que, au milieu des bonnes gens dont nous étions entourés. Nousvîraes arriver l'hiver avec grand regret, et nous retournâmes à lavil e comme nous serions allés en exil ; moi surtout, qui, doutantde revoir le printemps, crovois dire adieu pour toujours aux Char-mittes. Je ne les quittai pas sans baiser la terre et les arbres, etsans me retourner plusieurs fois en m’en éloignant. Ayant quittédemis long-temps mes écolières, ayant perdu le goût des amu-sements et des sociétés de la ville, je ne sortois plus, je ne vovoisplis personne, excepté maman , et M. Salomon, devenu depuispet son médecin et le mien, honnête homme, homme d’esprit,