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Tome premier.
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PARTIE I, LIVRE VI. ( 1736.) 233

dont j’étois environné, les seuls dont l’œil et le cœur ne se lassentjamais. Je regardois de loin s’il étoit jour chez maman : quand jevoyois son contrevent ouvert, je tressaillois de joie (a) et j’accou*rois; s’il étoit fermé, j’entrois au jardin en attendant qu’elle fûtéveillée, m’amusant à repasser ce que j’avois appris la veille, ou àjardiner. Le contrevent s’ouvroit, j’allois l’embrasser dans son lit,souvent encore à moitié endormie ; et cet embrassement, aussipur que tendre, tiroit de son innocence même un charme qui n’estjamais joint à la volupté des sens.

Nous déjeunions ordinairement avec du café au lait. C’étoit letemps de la journée où nous étions le plus tranquilles, où nouscausions le plus à notre aise. Ces séances, pour l’ordinaire assezlongues, m’ont laissé un goût vif pour les déjeuners, et je pré-fère infiniment l’usage d’Angleterre et de Suisse, où le déjeunerest un vrai repas qui rassemble tout le monde, à celui de France,où chacun déjeune seul dans sa chambre, ou le plus souvent nedéjeune point du tout. Après une heure ou deux de causerie, j’al-lois à mes livres jusqu’au dîner. Je commençois par quelque livrede philosophie, comme la Logique de Port-Royal, Y Essai deLocke, Malebranche, Leibnitz, Descartes, etc. Je m’aperçusbientôt que tous ces auteurs étoient entre eux en contradictionpresque perpétuelle, et je formai le chimérique projet de les ac-corder , qui me fatigua beaucoup et me fit perdre bien du temps.Je me brouillois la tète et je n’avançois point. Enfin, renonçantencore à celte méthode, j’en pris une infiniment meilleure, et àlaquelle j’attribue tout le progrès que je puis avoir fait, malgrémon défaut de capacité; car il est certain que j’en eus toujoursfort peu pour l’étude. En lisant chaque auteur, je me fis une loid’adopter et suivre toutes ses idées sans y mêler les miennes nicelles d’un autre, et sans jamais disputer avec lui. Je me dis :Commençons par me faire un magasin d’idées, vraies ou fausses,mais nettes, en attendant que ma tête en soit assez fournie pourpouvoir les comparer et choisir. Cette méthode n’est pas sans in-convénient, je le sais; mais elle m’a réussi dans l’objet de m’in-struire. Au bout de quelques années passées à ne penser exacte-ment que d’après autrui, sans réfléchir pour ainsi dire et presquesans raisonner, je me suis trouvé un assez grand fonds d’acquispour me suffire à moi-même, et penser sans le secours d’autrui.Alors, quand les voyages et les affaires m’ont ôté les moyens de

(«) ViSi.je tressaillois d’aise et,.,.

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