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Tome premier.
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PARTIE I, LII RE VI. ( 1736 .) 235

écrit, mais mentale, et je m’en tins là. A force de temps et d'exer-cice , je suis parvenu à lire assez couramment les auteurs la-tins, mais jamais à pouvoir Di parler ni écrire dans cette langue :ce qui m’a souvent mis dans l’embarras quand je me suis trouvé,je ne sais comment, enrôlé parmi les gens de lettres. Un autreinconvénient, conséquent à cette manière d’apprendre, est queje n'ai jamais su la prosodie, encore moins les règles de la versi-fication. Désirant pourtant de sentir l’harmonie de la langue envers et en prose, j’ai fait bien des efforts pour y parvenir ; maisje suis convaincu que sans maître cela est presque impossible.Ayant appris la composition du plus facile de tous les vers, quiest l’hexamètre, j’eus la patience de scander presque tout Virgile,et d’y marquer les pieds et la quantité; puis, quand j’étois endoute si une syllabe étoit longue ou brève, c’étoit mon Virgileque j’allois consulter. On sent que cela me faisoit faire bien desfautes, à cause des altérations permises par les règles de la versi-fication. Mais s’il y a de l’avantage à étudier seul, il y a aussi degrands inconvénients, et surtout une peine incroyable. Je saiscela mieux que qui que ce soit.

Avant midi je quittais mes livres, et si le dîner n’étoit pasprêt, j’allois faire visite à mes amis les pigeons, ou travaillerau jardin, en attendant l’heure. Quand je m’entendois appeler,j’aecourois fort content, et muni d’un grand appétit ; car c’estencore une chose à noter, que, quelque malade que je puisseêtre, l’appétit ne me manque jamais. Nous dîuious très agréa-blement , en causant de nos affaires, en attendant que mamanpût manger. Deux ou trois fois la semaine, quand il faisoitbeau, nous allions derrière la maison prendre le café dans uncabinet frais et touffu, que j’avois garni de houblon et qui nousfaisoit grand plaisir durant la chaleur : nous passions là une pe-tite heure à visiter nos légumes, nos fleurs, à des entretiensrelatifs à notre manière de vivre . et qui nous en faisoient mieuxgoûter la douceur (a-, J’avois une autre petite famille au bout dujardin : c’étaient des abeilles. Je nemanquois guère, et souventmaman avec moi, d’aller leur rendre visite ; je m’intéressois beau-coup à leur ouvrage, je m’amusois infiniment à les voir revenirde la picorée, leurs petites cuisses quelquefois si chargées qu’ellesavoient peine à marcher. Les premiers jours la curiosité me ren-dit indiscret, et elles me piquèrent deux ou trois fois ; mais en-ta! Va h ... cil faisoient mieux sentir ta douceur.