27 4 LES CONFESSIONS.
pour prétendre que mon système n’étoit pas neuf. Et passe pourcela ; car bien que je n’eusse jamais ouï parler du P. Soukaitti,et bien que sa manière d’écrire les sept notes du plain-chant sansmême songer aux octaves ne méritât en aucune sorte d’entrer enparallèle avec ma simple et commode invention pour noter aisé-ment par chiffres toute musique imaginable, clefs, silences, oc-taves, mesures, temps et valeurs des notes, choses auxquellesSoukaitti n’avoit pas même songé, il étoit néanmoins très vraide dire que , quant à l’élémentaire expression des sept notes, ilen étoit le premier inventeur. Mais outre qu’ils donnèrent à cetteinvention primitive plus d’importance qu’elle n’en avoit, ils nes’en tinrent pas là; et sitôt qu’ils voulurent parler du fond dusystème, ils ne firent plus'que déraisonner. Le plus grand avantagedu mien étoit d’abroger les transpositions et les clefs, en sorte quele même morceau se trouvoit noté et transposé à volonté, dansquelque ton qu’on voulût, au moyen du changement supposéd’une seule lettre initiale à la tête de l’air. Ces messieurs avoientoui dire aux croque-sol de Paris que la méthode d’exécuter partransposition ne valoit rien : ils partirent de là pour tourner eninvincible objection contre mon système, son avantage le plusmarqué ; et ils décidèrent que ma note étoit bonne pour la vocale,et mauvaise pour l’instrumentale; au lieu de décider, comme ilsl’auroient dû, qu’elle étoit bonne pour la vocale et meilleure pourl’instrumentale. Sur leur rapport, l’Académie m’accorda un cer-tificat plein de très beaux compliments, à travers lesquels ondémêloit, pour le fond, qu’elle ne jugeoit mon système ni neufni utile. Je ne crus pas devoir orner d’une pareille pièce l’ouvrageintitulé Dissertation sur la musique moderne, par lequel j’enappelois au public.
J'eus lieu de remarquer en cette occasion combien, même avecun esprit borné, la connoissance unique, mais profonde, de lachose est préférable, pour en bien juger, à toutes les lumières quedonne la culture des sciences, lorsqu’on n’y a pas joint l’étudeparticulière de celle dont il s’agit. La seule objection solide qu’ily eût à faire à mon système y fut faite par Rameau. A peine lelui eus-je expliqué qu’il en vit le côté foible. Vos signes, me dit-il, sont très bons en ce qu’ils déterminent simplement et claire-ment les valeurs, en ce qu’ils représentent nettement les inter-valles et montrent toujours le simple dans le redoublé, touteschoses que ne fait pas la note ordinaire ; mais ils sont mauvais en