PABTIE II, LIVBE VII. (1742.) 281
cle et de ses dîners. Si son maintien réservé n’attiroit pas beau-coup les jeunes gens, sa société, d’autant mieux composée, n’enétoit que plus imposante; et le pauvre Jean-Jacques n’avoitpasde quoi se flatter de briller beaucoup au milieu de tout cela. Jen’osai donc parler; mais, ne pouvant plus me taire, j’osai écrire.Elle garda deux jours ma lettre sans m'en parler. Le troisième jourelle me la rendit, m’adressant verbalement quelques mots d’ex-! hortation d’un ton froid qui me glaça. Je voulus parler, la paroleexpira sur mes lèvres : ma subite passion s’éteignit avec l’espé-rance; et après une déclaration dans les formes, je continuai devivre avec elle comme auparavant, sans plus lui parler de rien,même des yeux.
• Je crus ma sottise oubliée : je me trompai. M. de Francueil,fils de M. Dupin et beau-fils de madame, étoit à peu près de sonâge et du mien. 11 avoit de l’esprit, de la figure; il pouvoit avoirdes prétentions; on disoit qu’il en avoit auprès d’elle, uniquementpeut-être parcequ’elle lui avoit donné une femme bien laide, biendouce, et qu’elle vivoit parfaitement bien avec tous les deux.M. de Francueil aimoit et cultivoit les talents. La musique, qu’ilsavoit fort bien, fut entre nous un moyen de liaison. Je le visbeaucoup ; je m’attachois à lui : tout d’un coup il me fit entendreque madame Dupin trouvoit mes visites trop fréquentes, et meprioit de les discontinuer. Ce compliment auroit pu être à sa placequand elle me rendit ma lettre ; mais huit ou dix jours après, etsans aucune autre cause, il venoit, ce me semble, hors de propos.Cela faisoit une position d’autant plus bizarre, que je n’en étoispas moins bien venu qu’auparavant chez monsieur et madamede Francueil. J’y allai cependant plus rarement ; et.j’aurois cesséd’y aller tout-à-fait, si, par un autre caprice imprévu, madameDupin ne m’avoit fait prier de veiller pendant huit ou dix joursià son fils, qui, changeant de gouverneur, restoit seul durant cet"intervalle. Je passai ces huit jours dans un supplice que le plaisird’obcir à madame Dupin pouvoit seul me rendre souffrable ; car,1e pauvre Chenonceaux avoit dès-lors cette mauvaise tête qui a,failli déshonorer sa famille, et qui l’a fait mourir dans l’ile de.Bourbon. Pendant que je fus auprès de lui, je l’empêchai de fairedu mal à lui-même ou à d’autres, et voilà tout : encore ne fut-cepas une médiocre peine, et je ne m’en serois pas chargé huitautres jours de plus quand madame Dupin se serait donnée à moi, pour récompense.
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