28‘J LES CONFESSIONS.
M. de Francueil nie prenoit en amitié, je travaillpis avec lui :nous commençâmes ensemble un cours de chimie chez Rouelle.Pour me rapprocher de lui, je quittai mon hôtel Saint-Quentin etvihsme loger au jeu de paume de la rue Verdelet, qui donne dans•a rue Plàtrière, où logeoit M. Dupin. Là, par la suite d’un rhumenégligé, je gagnai une fluxion de poitrine dont je faillis mourir.J'ai eu souvent dans ma jeunesse de ces maladies inflammatoires,des pleurésies, et surtout des esquinancies auxquelles j’étois trèssujet, dont je ne tiens pas ici le registre, et qui toutes m’ont faitvoir la mort d’assez près pour me familiariser avec son image.Durant ma convalescence j’eus le temps de réfléchir sur mon état,et de déplorer ma timidité, ma foiblesse et mon indolence, qui,malgré le feu dont je me sentois embrasé, me laissoit languir dansl’oisiveté d’esprit toujours à la porte de la misère. La veille dujour où j’étois tombé malade, j’étois allé à un opéra de Royer,qu’on donnoit alors, et dont j’ai oublié le titre. Malgré ma pré-vention pour les talents des autres, qui m’a toujours fait défierdes miens, je ne pouvois m’empêcher de trouver cette musiquefoible, sans chaleur, sans invention. J’osois quelquefois me dire :11 me semble que je ferois mieux que cela. Mais la terrible idéeque j’avois de la composition d’un opéra, et l’importance que j’en-tendois donner par les gens de l’art à cette entreprise, m’en re-butaient à l’instant même, et me faisoient rougir d’oser y penser.D’ailleurs où trouver quelqu’un qui voulût me fournir des paroleset prendre la peine de les tourner à mon gré? Ces idées de musi-que et d’opéra me revinrent durant ma maladie, et, dans le trans-port de ma fièvre, je composois des chants (a ), des duo, deschœurs. Je suis certain d’avoir fait deux ou trois morceaux diprima inlenzione dignes peut-être de l’admiration des maîtress’ils avoient pu les entendre exécuter. Oh! si l’on pouvoit tenir re-gistre des rêves d’un fiévreux, quelles grandes et sublimes choseson verroit sortir quelquefois de son délire !
Ces sujets de musique et d’opéra m’occupèrent encore pendantma convalescence, mais plus tranquillement. A force d’y penser,et même malgré moi, je voulus en avoir le cœur net, et tenter defaire à moi seul un opéra, paroles et musique. Ce n’étoit pas tout-à-fait mon coup d’essai. J’avois fait à Chambéri un opéra-tragé-die, intitulé Iphis et Anaxarète, que j’avois eu le bon sens dejeter au feu. J’en avois fait à Lyon un autre intitulé la Décou-(<s) Vis,. je composois des vers, des chants.