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Tome premier.
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PARTIE II, LIVRE VII. (1743-1744.) 291

engagé au service du roi, et qu’on vous a fait demander inutile-ment : je viens le réclamer au nom de sa Majesté. Ma courte ha-rangue fit effet. A peine étois-je parti, que mon homme courutrendre compte de son aventure aux inquisiteurs d’état, qui luilavèrent la tête. Yéronèse fut congédié le jour même. Je lui fisdire que s’il ne partoit dans la huitaine, je le ferois arrêter ; et ilpartit.

Dans une autre occasion je tirai de peine un capitaine de vais-seau marchand, par moi seul et presque sans le concours de per-sonne. Il s’appeloit le capitaine Olivet de Marseille; j’ai oublié lenom du vaisseau. Son équipage avoit pris querelle avec des Escla-vons au service de la république : il y avoit eu des voies de fait,et le vaisseau avoit été mis aux arrêts avec une telle sévérité, quepersonne, excepté le seul capitaine, n’y pouvoitaborder ni ensortir sans permission. Il eut recours à l’ambassadeur, qui l’en-voya promener ; il fut au consul, qui lui dit que ce n’étoit pasune affaire de commerce, et qu’il ne pouvoit s’en mêler. Ne sa-chant plus que faire, il revint à moi. Je représentai à M. de Mon-taigu qu’il devoit me permettre de donner sur cette affaire un mé-moire au sénat. Je ne me rappelle pas s’il, y consentit et si jeprésentai le mémoire ; mais je me rappelle bien que mes démar-ches n’aboutissant à rien, et l’embargo durant toujours, je prisun parti qui me réussit. J’insérai la relation de cette affaire dansune dépêche à M. de Maurepas, et j’eus même assez de peineà faire consentir M. de Montaigu à passer cet article. Je savoisque nos dépêches, sans valoir trop la peine d etre ouvertes, l’é-toient à Venise; j’en avois la preuve daus les articles que j’entrouvoismotpour mot dans la gazette : infidélité dont j’avois inutile-ment voulu porter l’ambassadeur à se plaindre. Mon objet, en par-lant de cette vexation dans la dépêche, étoit de tirer parti de leurcuriosité pour leur faire peur et les engager à délivrer le vaisseau ;car s'il eût fallu attendre pour cela la réponse de la cour, le capi-taine étoit ruiné avant qu’elle fût venue. Je fis plus, je me ren-dis au vaisseau pour interroger l’équipage. Je pris avec moi l’abbéPatizel, chancelier du consulat, qui ne vint qu’à contre-cœur ;tant tous ces pauvres gens craignoient de déplaire au sénat. Nepouvant monter à bord à cause de la défense, je restai dans magondole, et j’y dressai mon verbal, interrogeant à haute voix etsuccessivement tous les gens de l’équipage, et dirigeant mes ques-tions de manière à tirer des réponses qui leur fussent avanta-