PARTIE II, LIVRE VII. ( 1743 - 1744 .) 293
payer, de retour dans leur patrie, les dettes qu’ils ont contractéesen pays étranger : quand on les y veut contraindre, ils consu-ment en tant de longueurs et de frais le malheureux créancier,qu’il se rebute, et finit par tout abandonner, ou s’accommoderpresque pour rien. Je priai M. Le Blond de parler à Zanetto. Ce-lui-ci convint du billet, non du paiement. A force de batailler ilpromit enfin trois sequins. Quand Le Blond lui porta le billet,les trois sequins ne se trouvèrent pas prêts ; il fallut attendre.Durant cette attente survint ma querelle avec l’ambassadeur etma sortie de chez lui. Je laissai les papiers de l’ambassade dansle plus grand ordre, mais le billet de Rousselot ne se trouva point.M, Le Blond m'assura me l’avoir rendu. Je le connoissois trophonnête homme pour en douter ; mais il me fut impossible (deme rappeler ce qu’étoit devenu ce billet. Comme Zanetto avoitavoué la dette, je priai M. Le Blond de tâcher de tirer les troissequins sur un reçu, ou de l’engager à renouveler le billet parduplicata. Zanetto, sachant le billet perdu, ne voulut faire ni l’unni l’autre. J’offris à Rousselot les trois sequins de ma bourse pourl’acquit du billet. Il les refusa, et me dit que je m’accommode-rois à Paris avec le créancier, dont il me donna l’adresse. Le per-ruquier, sachant ce qui s’étoit passé, voulut son billet ou son ar-gent en entier. Que n’aurois-je point donné dans mon indignationpour retrouver ce maudit billet ! Je payai les deux cents francs,et cela dans ma plus grande détresse. Voilà comment la perte dubillet valut au créancier le paiement de la somme entière, tandisque si, malheureusement pour lui, ce billet se fût retrouvé, ilen auroit difficilement tiré les dix écus promis par son excellenceZanetto Nani.
Le talent que je me crus sentir pour mon emploi me le fit rem-plir avec goût ; et hors la société de mon ami Carrio, celle duvertueux Altuna, dont j’aurai bientôt à parler, hors les récréationsbien innocentes de la place Saint-Marc, du spectacle, et de quel-ques visites que nous faisions presque toujours ensemble, je fismes seuls plaisirs de mes devoirs. Quoique mon travail ne fût pasfort pénible, surtout avec l’aide de l’abbé de Binis, comme lacorrespondance étoit très étendue et qu’on étoit en temps deguerre, je ne laissois pas d’être occupé raisonnablement. Je tra-vaillons tous les jours une bonne partie de la matinée, et les joursde courrier quelquefois jusqu’à minuit. Je consacrois le restedu temps à l’étude du métier que je commençois, et dans lequel